Le nom-du-père et la constitution du Sujet

18012011

jhkju1.jpg                                                       Le Nom-du-Père

  Et la constitution du sujet              La psychanalyse reconnaît dans la fonction paternelle une importance centrale qui était même au principe de ses découvertes. Cette importance fait que toute la causalité psychique se rapporte au père. 

Ce que j’essaierai d’éclaircir ici c’est de montrer que la psychanalyse met l’accent sur le rôle du père dans la constitution du sujet, et que celui-ci ne saurait se structurer et se signifier à lui-même sans qu’il ne soit établie dans son inconscient la métaphore paternelle qui lui permettrait d’être représenté par le signifiant. Et que la condition du sujet et la question de son existence dépendent de cette métaphore paternelle. Pour répondre à cette question, il est nécessaire tout d’abord de rappeler, comme ne cessait Lacan de le répéter, que l’inconscient est structuré comme un langage et que le sujet n’est qu’effet de ce langage. Donc se sont les connexions internes au signifiant qui structurent le sujet, et c’est là que s’articule la question de son existence. Et pour qu’il y ait signification du sujet il ne faut pas que la métaphore paternelle échoue. Sinon, comme nous le verrons, la question de son existence se présenterait dans l’inconscient comme ineffable, inarticulable et ce serait la forclusion de la métaphore paternelle. Dans la structure psychique, la fonction paternelle, en tant que métaphore et aussi comme instance symbolique, est considérée comme le support du désir du sujet dans le sens d’une identification. Le père est le support de la loi. Le support de l’édifice symbolique. A ce titre, le signifiant père est à entendre comme Nom, le Nom-du-Père. Car le père adopte son enfant      en   le   nommant, en  le Reconnaissant comme sujet d’un désir. C’est lui qui l’inclut dans l’ordre des générations. Ce Nom-du-Père est un signifiant pur, nécessaire à l’armature signifiante du sujet. En ce sens qu’il sert de support à la fonction symbolique et son défaut à la place de l’Autre ouvre un trou dans le signifié ce qui déclenche la forclusion du Nom-du-Père c’est-à-dire la psychose. Le Nom-du-Père est le noyau autour duquel se noue la vie psychique. C’est la clé de voûte, le nouage, le point de capiton dirait Lacan. Lacan écrit : « Au point où, nous verrons comment, est appelé le Nom-du-Père, peut donc répondre dans l’Autre un pur et simple trou, lequel par la carence de l’effet métaphorique provoquera un trou correspondant à la place de lasignification phallique ». 

Chez les psychanalystes contemporains, on parle de plus en plus de la carence paternelle, la carence dans la père-version… Or si la forclusion du Nom-du-Père est responsable du déclenchement clinique de le psychose, la carence paternelle désigne ici les divers dysfonctionnements du Nom-du-Père dans les différents symptômes que présente l’enfant. Cette carence peut lui causer des préjudices irréparables. 

La fonction paternelle a un rôle normatif ou un rôle pathogène suivant que le père soutienne ou non sa place comme membre du trio familial. Dans le bon cas, autrement dit dans une triangulation oedipienne classique : « Le père doit maintenir la répression, dans le « mi-dieu », la version qui est propre de sa perversion, disait Lacan dans « RSI ». Il s’agit ici de la version qu’a le père de la perversion; Cette version est la seule garantie de sa fonction de père. Dans une telle situation, le père assume ses fonctions et est digne d’amour et de respect. Donc sa parole fait un point de capiton et devient un modèle d’identification pour son fils, ce qui instituerait l’ordre dans la métaphore paternelle et ordonnerait le désir du sujet. 

Dans le cas contraire, le rôle de la fonction paternelle est pathogène, on dit qu’il y’a carence paternelle. Tout d’abord, il faudrait bien préciser que parler de la carence du père dans la famille ce n’est pas parler de sa carence dans le complexe. C’est-à-dire qu’il y a aussi carence paternelle lorsque le père est faible ou effacé devant une mère dominatrice très virile, phallique comme on dit. On pourrait également parler de carence si le père est trop proche et parle trop de ses jouissances, ou même quand le père intervient exceptionnellement pour maintenir la répression : Le père possessif. Alors il n’est plus un modèle d’identification car la fonction du Nom-du-Père ne répond plus à l’appel du sujet. Et comme on a vu, cela peut aller jusqu’à l’échec de la métaphore paternelle. Le résultat serait la psychose. Dans les pages 578 et 579 des Ecrits, Lacan propose une énumération des figures du père :  » Encore dans cette recherche tâtonnante sur une carence paternelle, dont la répartition ne laisse pas d’inquiéter entre le père tonnant, le père débonnaire, le père tout-puissant, le père humilié, le père engoncé, le père dérisoire, le père en vadrouille, ne serait-il pas abusif d’attendre quelque effet de décharge de la remarque suivante : à savoir que les effets de prestige qui sont en jeu en tout cela … se ramènent à la rivalités des deux parents dans l’imaginaire du sujet … » 

Mais on devrait bien souligner encore un point très important c’est que le père réel peut ne pas être le géniteur. Françoise Dolto écrit : « Etre père, c’est donner son nom à son enfant, c’est payer e son travail la subsistance de cet enfant, c’est l’éduquer, l’instruire, c’est l’appeler à plus de vie, plus de désir, c’est bien différent que d’être géniteur. Tant mieux si le père est géniteur, mais il n’y a que des pères adoptifs … Un père doit toujours adopter son enfant … il n’y a de père qu’adoptif « .   Il est capital de noter ici qu’il faudrait bien souligner que lorsque le père est absent du trio familial, l’enfant se réfère au discours que tient la mère sur le père. Lacan écrit :  » On nous dira là-dessus qu’on met précisément l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale  » …  » Sa révérence est décisive « . Si ce discours est négatif, par exemple dans le cas d’un enfant qui naît d’un viol, ou un père qui a désiré une autre femme ou a quitté la mère … Dans cette situation aussi on dit qu’il y a carence paternelle or il pourrait y avoir échec ou non-constitution de la métaphore paternelle. Cela ferait des ravages dans la subjectivité de l’enfant. On comprend aisément de ce fait que la carence paternelle peut avoir des incidences néfastes sur l’évolution psychique de l’enfant et son développement psycho-sexuel. Et pour revenir à notre exemple, l’enfant sera aliéné dans le désir de la mère, happé dans un fantasme maternel qui ne serait pas médié par le Nom-du-Père qui devrait lui faire barrière à cette jouissance perverse d’être le phallus de la mère. Comme Lacan l’a bien précisé :  » La vraie fonction du père est d’unir un désir à la loi « . La fonction paternelle est l’initiatrice de la castration, qui signifie que le père doit intervenir dans la relation duelle pour signifier à l’enfant qu’il n’est pas le phallus de la mère, et à celle-ci qu’elle ne l’a pas. C’est la seule condition qui autorise au sujet l’accès à l’ordre symbolique, l’ordre du père, le porteur du phallus. C’est par le complexe de castration que se parachève dans les deux sexes la mise en question du sexe qui permettra au sujet de se situer dans le Désir de l’Autre. C’est pourquoi Lacan dit :  » Le désir du sujet est le désir de l’Autre  » et à ce propos, il faut bien comprendre que le « de » est une détermination subjective. 

C’est de cet Autre,  » autre scène  » disait Freud, que doit venir au sujet la réponse à son appel, sa propre signification, et ce ne peut être que grâce au Nom-du-Père. A partir de là, on comprend que dans l’imaginaire du sujet, sa propre signification, et la question de son existence est conditionnée par la signification du phallus qui doit être évoquée par la métaphore paternelle, et que la fonction imaginaire du phallus accorde au sujet l’accès au Symbolique. Sachant que cette fonction est le pivot du procès symbolique. Enfin, pour conclure, revenons au fantasme de la mère, et supposons que celle-ci est une mère phallique et que le père est effacé ou humilié comme a dit Lacan. Qu’advient-il alors? La métaphore paternelle serait incomplète car le signifiant « père » anéanti, ne peut plus exercer ses effets, et l’enfant serait perversement orienté du fait qu’il s’est trouvé attrapé, happé dans le fantasme de la mère en se faisant l’objet de son désir à elle : son phallus. Et comme le disait Lacan :  » C’est grâce au Nom-du-Père, que l’homme ne reste plus attaché au service sexuel de la mère « . 

         

           Ce que j’essaierai d’éclaircir ici c’est de montrer que la psychanalyse met l’accent sur le rôle du père dans la constitution du sujet, et que celui-ci ne saurait se structurer et se signifier à lui-même sans qu’il ne soit établie dans son inconscient la métaphore paternelle qui lui permettrait d’être représenté par le signifiant. Et que la condition du sujet et la question de son existence dépendent de cette métaphore paternelle.      Pour répondre à cette question, il est nécessaire tout d’abord de rappeler, comme ne cessait Lacan de le répéter, que l’inconscient est structuré comme un langage et que le sujet n’est qu’effet de ce langage. Donc se sont les connexions internes au signifiant qui structurent le sujet, et c’est là que s’articule la question de son existence. Et pour qu’il y ait signification du sujet il ne faut pas que la métaphore paternelle échoue. Sinon, comme nous le verrons, la question de son existence se présenterait dans l’inconscient comme ineffable, inarticulable et ce serait la forclusion de la métaphore paternelle.      Dans la structure psychique, la fonction paternelle, en tant que métaphore et aussi comme instance symbolique, est considérée comme le support du désir du sujet dans le sens d’une identification. Le père est le support de la loi. Le support de l’édifice symbolique. A ce titre, le signifiant père est à entendre comme Nom, le Nom-du-Père. Car le père adopte son enfant      en   le   nommant, en  le Reconnaissant comme sujet d’un désir. C’est lui qui l’inclut dans l’ordre des générations. Ce Nom-du-Père est un signifiant pur, nécessaire à l’armature signifiante du sujet. En ce sens qu’il sert de support à la fonction symbolique et son défaut à la place de l’Autre ouvre un trou dans le signifié ce qui déclenche la forclusion du Nom-du-Père c’est-à-dire la psychose. 

     Le Nom-du-Père est le noyau autour duquel se noue la vie psychique. C’est la clé de voûte, le nouage, le point de capiton dirait Lacan.      Lacan écrit : « Au point où, nous verrons comment, est appelé le Nom-du-Père, peut donc répondre dans l’Autre un pur et simple trou, lequel par la carence de l’effet métaphorique provoquera un trou correspondant à la place de lasignification phallique ».      Chez les psychanalystes contemporains, on parle de plus en plus de la carence paternelle, la carence dans la père-version… Or si la forclusion du Nom-du-Père est responsable du déclenchement clinique de le psychose, la carence paternelle désigne ici les divers dysfonctionnements du Nom-du-Père dans les différents symptômes que présente l’enfant. Cette carence peut lui causer des préjudices irréparables. 

     La fonction paternelle a un rôle normatif ou un rôle pathogène suivant que le père soutienne ou non sa place comme membre du trio familial.      Dans le bon cas, autrement dit dans une triangulation oedipienne classique : « Le père doit maintenir la répression, dans le « mi-dieu », la version qui est propre de sa perversion, disait Lacan dans « RSI ». Il s’agit ici de la version qu’a le père de la perversion; Cette version est la seule garantie de sa fonction de père.      Dans une telle situation, le père assume ses fonctions et est digne d’amour et de respect. Donc sa parole fait un point de capiton et devient un modèle d’identification pour son fils, ce qui instituerait l’ordre dans la métaphore paternelle et ordonnerait le désir du sujet.      Dans le cas contraire, le rôle de la fonction paternelle est pathogène, on dit qu’il y’a carence paternelle. Tout d’abord, il faudrait bien préciser que parler de la carence du père dans la famille ce n’est pas parler de sa carence dans le complexe. C’est-à-dire qu’il y a aussi carence paternelle lorsque le père est faible ou effacé devant une mère dominatrice très virile, phallique comme on dit. On pourrait également parler de carence si le père est trop proche et parle trop de ses jouissances, ou même quand le père intervient exceptionnellement pour maintenir la répression : Le père possessif. Alors il n’est plus un modèle d’identification car la fonction du Nom-du-Père ne répond plus à l’appel du sujet. Et comme on a vu, cela peut aller jusqu’à l’échec de la métaphore paternelle. Le résultat serait la psychose. 

     Dans les pages 578 et 579 des Ecrits, Lacan propose une énumération des figures du père :  » Encore dans cette recherche tâtonnante sur une carence paternelle, dont la répartition ne laisse pas d’inquiéter entre le père tonnant, le père débonnaire, le père tout-puissant, le père humilié, le père engoncé, le père dérisoire, le père en vadrouille, ne serait-il pas abusif d’attendre quelque effet de décharge de la remarque suivante : à savoir que les effets de prestige qui sont en jeu en tout cela … se ramènent à la rivalités des deux parents dans l’imaginaire du sujet … » 

     Mais on devrait bien souligner encore un point très important c’est que le père réel peut ne pas être le géniteur. Françoise Dolto écrit : « Etre père, c’est donner son nom à son enfant, c’est payer e son travail la subsistance de cet enfant, c’est l’éduquer, l’instruire, c’est l’appeler à plus de vie, plus de désir, c’est bien différent que d’être géniteur. Tant mieux si le père est géniteur, mais il n’y a que des pères adoptifs … Un père doit toujours adopter son enfant … il n’y a de père qu’adoptif « .        Il est capital de noter ici qu’il faudrait bien souligner que lorsque le père est absent du trio familial, l’enfant se réfère au discours que tient la mère sur le père. Lacan écrit :  » On nous dira là-dessus qu’on met précisément l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale  » …  » Sa révérence est décisive « . Si ce discours est négatif, par exemple dans le cas d’un enfant qui naît d’un viol, ou un père qui a désiré une autre femme ou a quitté la mère … Dans cette situation aussi on dit qu’il y a carence paternelle or il pourrait y avoir échec ou non-constitution de la métaphore paternelle. Cela ferait des ravages dans la subjectivité de l’enfant. On comprend aisément de ce fait que la carence paternelle peut avoir des incidences néfastes sur l’évolution psychique de l’enfant et son développement psycho-sexuel. Et pour revenir à notre exemple, l’enfant sera aliéné dans le désir de la mère, happé dans un fantasme maternel qui ne serait pas médié par le Nom-du-Père qui devrait lui faire barrière à cette jouissance perverse d’être le phallus de la mère. Comme Lacan l’a bien précisé :  » La vraie fonction du père est d’unir un désir à la loi « .      La fonction paternelle est l’initiatrice de la castration, qui signifie que le père doit intervenir dans la relation duelle pour signifier à l’enfant qu’il n’est pas le phallus de la mère, et à celle-ci qu’elle ne l’a pas. C’est la seule condition qui autorise au sujet l’accès à l’ordre symbolique, l’ordre du père, le porteur du phallus. C’est par le complexe de castration que se parachève dans les deux sexes la mise en question du sexe qui permettra au sujet de se situer dans le Désir de l’Autre. C’est pourquoi Lacan dit :  » Le désir du sujet est le désir de l’Autre  » et à ce propos, il faut bien comprendre que le « de » est une détermination subjective.      C’est de cet Autre,  » autre scène  » disait Freud, que doit venir au sujet la réponse à son appel, sa propre signification, et ce ne peut être que grâce au Nom-du-Père. A partir de là, on comprend que dans l’imaginaire du sujet, sa propre signification, et la question de son existence est conditionnée par la signification du phallus qui doit être évoquée par la métaphore paternelle, et que la fonction imaginaire du phallus accorde au sujet l’accès au Symbolique. Sachant que cette fonction est le pivot du procès symbolique.      Enfin, pour conclure, revenons au fantasme de la mère, et supposons que celle-ci est une mère phallique et que le père est effacé ou humilié comme a dit Lacan. Qu’advient-il alors? La métaphore paternelle serait incomplète car le signifiant « père » anéanti, ne peut plus exercer ses effets, et l’enfant serait perversement orienté du fait qu’il s’est trouvé attrapé, happé dans le fantasme de la mère en se faisant l’objet de son désir à elle : son phallus. 

     Et comme le disait Lacan :  » C’est grâce au Nom-du-Père, que l’homme ne reste plus attaché au service sexuel de la mère « .         

      Le Nom-du-Père 

  Et la constitution du sujet           

   La psychanalyse reconnaît dans la fonction paternelle une importance centrale qui était même au principe de ses découvertes. Cette importance fait que toute la causalité psychique se rapporte au père. Ce que j’essaierai d’éclaircir ici c’est de montrer que la psychanalyse met l’accent sur le rôle du père dans la constitution du sujet, et que celui-ci ne saurait se structurer et se signifier à lui-même sans qu’il ne soit établie dans son inconscient la métaphore paternelle qui lui permettrait d’être représenté par le signifiant. Et que la condition du sujet et la question de son existence dépendent de cette métaphore paternelle. Pour répondre à cette question, il est nécessaire tout d’abord de rappeler, comme ne cessait Lacan de le répéter, que l’inconscient est structuré comme un langage et que le sujet n’est qu’effet de ce langage. Donc se sont les connexions internes au signifiant qui structurent le sujet, et c’est là que s’articule la question de son existence. Et pour qu’il y ait signification du sujet il ne faut pas que la métaphore paternelle échoue. Sinon, comme nous le verrons, la question de son existence se présenterait dans l’inconscient comme ineffable, inarticulable et ce serait la forclusion de la métaphore paternelle. 

Dans la structure psychique, la fonction paternelle, en tant que métaphore et aussi comme instance symbolique, est considérée comme le support du désir du sujet dans le sens d’une identification. Le père est le support de la loi. Le support de l’édifice symbolique. A ce titre, le signifiant père est à entendre comme Nom, le Nom-du-Père. Car le père adopte son enfant      en   le   nommant, en  le Reconnaissant comme sujet d’un désir. C’est lui qui l’inclut dans l’ordre des générations. Ce Nom-du-Père est un signifiant pur, nécessaire à l’armature signifiante du sujet. En ce sens qu’il sert de support à la fonction symbolique et son défaut à la place de l’Autre ouvre un trou dans le signifié ce qui déclenche la forclusion du Nom-du-Père c’est-à-dire la psychose. Le Nom-du-Père est le noyau autour duquel se noue la vie psychique. C’est la clé de voûte, le nouage, le point de capiton dirait Lacan. Lacan écrit : « Au point où, nous verrons comment, est appelé le Nom-du-Père, peut donc répondre dans l’Autre un pur et simple trou, lequel par la carence de l’effet métaphorique provoquera un trou correspondant à la place de lasignification phallique ». Chez les psychanalystes contemporains, on parle de plus en plus de la carence paternelle, la carence dans la père-version… Or si la forclusion du Nom-du-Père est responsable du déclenchement clinique de le psychose, la carence paternelle désigne ici les divers dysfonctionnements du Nom-du-Père dans les différents symptômes que présente l’enfant. Cette carence peut lui causer des préjudices irréparables. 

La fonction paternelle a un rôle normatif ou un rôle pathogène suivant que le père soutienne ou non sa place comme membre du trio familial. Dans le bon cas, autrement dit dans une triangulation oedipienne classique : « Le père doit maintenir la répression, dans le « mi-dieu », la version qui est propre de sa perversion, disait Lacan dans « RSI ». Il s’agit ici de la version qu’a le père de la perversion; Cette version est la seule garantie de sa fonction de père. Dans une telle situation, le père assume ses fonctions et est digne d’amour et de respect. Donc sa parole fait un point de capiton et devient un modèle d’identification pour son fils, ce qui instituerait l’ordre dans la métaphore paternelle et ordonnerait le désir du sujet. 

Dans le cas contraire, le rôle de la fonction paternelle est pathogène, on dit qu’il y’a carence paternelle. Tout d’abord, il faudrait bien préciser que parler de la carence du père dans la famille ce n’est pas parler de sa carence dans le complexe. C’est-à-dire qu’il y a aussi carence paternelle lorsque le père est faible ou effacé devant une mère dominatrice très virile, phallique comme on dit. On pourrait également parler de carence si le père est trop proche et parle trop de ses jouissances, ou même quand le père intervient exceptionnellement pour maintenir la répression : Le père possessif. Alors il n’est plus un modèle d’identification car la fonction du Nom-du-Père ne répond plus à l’appel du sujet. Et comme on a vu, cela peut aller jusqu’à l’échec de la métaphore paternelle. Le résultat serait la psychose. Dans les pages 578 et 579 des Ecrits, Lacan propose une énumération des figures du père :  » Encore dans cette recherche tâtonnante sur une carence paternelle, dont la répartition ne laisse pas d’inquiéter entre le père tonnant, le père débonnaire, le père tout-puissant, le père humilié, le père engoncé, le père dérisoire, le père en vadrouille, ne serait-il pas abusif d’attendre quelque effet de décharge de la remarque suivante : à savoir que les effets de prestige qui sont en jeu en tout cela … se ramènent à la rivalités des deux parents dans l’imaginaire du sujet … » 

Mais on devrait bien souligner encore un point très important c’est que le père réel peut ne pas être le géniteur. Françoise Dolto écrit : « Etre père, c’est donner son nom à son enfant, c’est payer e son travail la subsistance de cet enfant, c’est l’éduquer, l’instruire, c’est l’appeler à plus de vie, plus de désir, c’est bien différent que d’être géniteur. Tant mieux si le père est géniteur, mais il n’y a que des pères adoptifs … Un père doit toujours adopter son enfant … il n’y a de père qu’adoptif « .   Il est capital de noter ici qu’il faudrait bien souligner que lorsque le père est absent du trio familial, l’enfant se réfère au discours que tient la mère sur le père. Lacan écrit :  » On nous dira là-dessus qu’on met précisément l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale  » …  » Sa révérence est décisive « . Si ce discours est négatif, par exemple dans le cas d’un enfant qui naît d’un viol, ou un père qui a désiré une autre femme ou a quitté la mère … Dans cette situation aussi on dit qu’il y a carence paternelle or il pourrait y avoir échec ou non-constitution de la métaphore paternelle. Cela ferait des ravages dans la subjectivité de l’enfant. On comprend aisément de ce fait que la carence paternelle peut avoir des incidences néfastes sur l’évolution psychique de l’enfant et son développement psycho-sexuel. Et pour revenir à notre exemple, l’enfant sera aliéné dans le désir de la mère, happé dans un fantasme maternel qui ne serait pas médié par le Nom-du-Père qui devrait lui faire barrière à cette jouissance perverse d’être le phallus de la mère. Comme Lacan l’a bien précisé :  » La vraie fonction du père est d’unir un désir à la loi « . La fonction paternelle est l’initiatrice de la castration, qui signifie que le père doit intervenir dans la relation duelle pour signifier à l’enfant qu’il n’est pas le phallus de la mère, et à celle-ci qu’elle ne l’a pas. C’est la seule condition qui autorise au sujet l’accès à l’ordre symbolique, l’ordre du père, le porteur du phallus. C’est par le complexe de castration que se parachève dans les deux sexes la mise en question du sexe qui permettra au sujet de se situer dans le Désir de l’Autre. C’est pourquoi Lacan dit :  » Le désir du sujet est le désir de l’Autre  » et à ce propos, il faut bien comprendre que le « de » est une détermination subjective. 

C’est de cet Autre,  » autre scène  » disait Freud, que doit venir au sujet la réponse à son appel, sa propre signification, et ce ne peut être que grâce au Nom-du-Père. A partir de là, on comprend que dans l’imaginaire du sujet, sa propre signification, et la question de son existence est conditionnée par la signification du phallus qui doit être évoquée par la métaphore paternelle, et que la fonction imaginaire du phallus accorde au sujet l’accès au Symbolique. Sachant que cette fonction est le pivot du procès symbolique. Enfin, pour conclure, revenons au fantasme de la mère, et supposons que celle-ci est une mère phallique et que le père est effacé ou humilié comme a dit Lacan. Qu’advient-il alors? La métaphore paternelle serait incomplète car le signifiant « père » anéanti, ne peut plus exercer ses effets, et l’enfant serait perversement orienté du fait qu’il s’est trouvé attrapé, happé dans le fantasme de la mère en se faisant l’objet de son désir à elle : son phallus. Et comme le disait Lacan :  » C’est grâce au Nom-du-Père, que l’homme ne reste plus attaché au service sexuel de la mère « . 

         

           




introduction

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              Introduction 

  La psychanalyse assigne au père un rôle prépondérant dans la formation du psychisme. La fonction paternelle est le principe de la causalité psychique toute entière. Freud reconnaît dans la relation de l’enfant à son père un moment fondateur de sa structure subjective car il est le support de son désir et c’est grâce à lui que le sujet accède à l’ordre symbolique. 

        Par ses manifestations, le père, détenteur du phallus, représente la loi, le langage, la culture et instaure la configuration familiale des trois individualités. 

        Tout d’abord, dans les études sur l’hystérie, Freud considère le père comme séducteur, dans le sens d’une séduction pathogène qui pourrait expliquer le noyau des désordres et troubles névrotiques :  » complexe nucléaire « . Ce n’est qu’ en 1912, que Freud vient de le nommer  » complexe d’ Œdipe « .   

                                Dans le mythe d’oedipe, Freud repère l’instance paternelle comme, aussi, une fonction normative initiatrice à toute identification. L’équilibre psychique de l’enfant repose sur l’effet de cette normativation.  

                 Cette fonction a une place assez large dans l’histoire de l’analyse. Elle est au cœur de la question de l’oedipe. L’universalité de ce complexe prouve qu’il a une fonction essentielle de normativation à travers
la Loi de la castration instaurée par le père. 

                 

        La psychanalyse précise que l’apparition du signifiant du Père, en tant qu’auteur de
la Loi, dans l’inconscient humain est liée à la mort, voire au meurtre du père. Le Nom-du-Père qu’invoque le sujet pour accéder symboliquement au langage, au signifiant, ce Père symbolique est bien le père mort. Le meurtre du père est le moment fécond de
la Dette symbolique par où le sujet se lie à vie à
la Loi.       

         

         » C’est seulement avec le franchissement de ce moment que le sujet devrait vivre la castration imaginaire, et cela quelque soit son sexe. Mais on ne pouvait jamais mener le sujet jusqu’à ce moment, si la mort du père, sa mort selon le vœu de la rivalité, dans le complexe d’oedipe, n’avait pas néanmoins laissé le sujet en proie à
la Dette. » Le structuralisme en psychanalyse, Moustafa  Safouan, page: 74.   

                                         

La carence paternelle Et la père-version 

        Le complexe d’Œdipe ne se constitue pas de façon normale quand il y’a carence paternelle. Dans une situation oedipienne mal structurée, l’image du père est mal transmise, mal médiée, par la mère à l’enfant. Le prestige et la révérence du père, qui devrait être un idéal pour l’enfant, est mis en question, et le Nom-du-Père est exclu de sa position dans le signifiant. 

        Lacan met l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale. Lacan ajoute :  » Ce sur quoi nous voulons insister, c’est que ce n’est pas uniquement de la façon dont la mère s’accommode de la personne du père, qu’il conviendrait de s’occuper, mais du cas qu’elle fait de sa parole, disons le mot, de son autorité, autrement dit de la place qu’elle réserve au Nom-du-Père dans la promotion de la loi. ». Ecrits 2, page, 97.  

                Dans une pareille situation, l’enfant se trouve aliéné dans le désir de la mère. Son désir devient son désir à elle :  » être le phallus de la mère « . Désir du désir. Tout le problème des perversions, des psychoses, consiste à concevoir comment l’enfant s’identifie à l’objet imaginaire de la mère, c’est-à-dire une identification au phallus.  

                La fonction imaginaire du phallus est le pivot du procès symbolique qui autorise le parachèvement, dans les deux sexes, la mise en question du sexe par le complexe de castration.                          La fonction imaginaire du phallus et le complexe de castration sont nécessaires pour l’assomption du sujet de son propre sexe et de sa mortalité. Par conséquent, le sujet se trouve voué à la haine et la rivalité au père, la jalousie et le vœu de mort à son égard. Le meurtre du père rendu nécessaire par la structure oedipienne dans toute l’histoire personnelle du sujet.  

                        Si l’enfant dans cette phase oedipienne, admet que le père est le détenteur du phallus et que la mère est interdite tout pourrait se bien passer et l’enfant accède facilement à l’ordre du langage et à l’idéal paternel. Ce qui fait sortir l’enfant des situations anxiogènes et dépressives, et l’exacerbation du sadisme des stades préoedipiens. 

        L’œuvre de Mélanie Klein a mis suffisamment en évidence ces processus prégénitaux schizoïdes-paranoïdes du corps morcelé qui agissent et qui s’ordonnent dans la rétroaction de l’oedipe.             

                                Dans la psychose, le sujet invoque le Nom-du-Père, mais puisque celui-ci y fait défaut, rien ne vient répondre à cet appel vain, car il y’a carence de la métaphore paternelle, carence du signifiant lui-même. Le signifiant du phallus, selon Lacan, doit être évoqué dans l’imaginaire du sujet par la métaphore paternelle. Quand il n’ y a pas réponse à cet appel cela veut dire que la métaphore paternelle n’a pas réussi. Ce qui fait déclencher la métaphore délirante. Dans ce cas ce qui vient répondre à l’invocation du Nom-du-Père dans l’Autre c’est un pur et simple trou, lequel provoquera, dit Lacan, un trou correspondant à la place de la signification phallique et cela est consécutif à la carence de l’effet métaphorique.          

                                                Soulignons ici ce sur quoi Lacan insiste à savoir le déclenchement du délire qui résulte de l’échec de l’effet métaphorique.                  

                Lacan écrit : » Pour que la psychose se déclenche, il faut que le Nom-du-Père, verworfen, forclos, c’est-à-dire jamais venu à la place de l’Autre, y soit appelé en opposition symbolique du sujet.         C’est le défaut du Nom-du-Père à cette place qui, par le trou qu’il ouvre dans le signifié amorce la cascade des remaniements du signifiant d’où procède le désastre croissant de l’imaginaire, jusqu’à ce que le niveau soit atteint où signifiant et signifié se stabilisent dans la métaphore délirante ». 

        Ecrits 2, page : 95. 

        Il est clair qu’il s’agit là d’un dommage, un désordre, accident: dit Lacan, provoqué par l’échec de la métaphore paternelle, dite Verwerfung, et la forclusion du Nom-du-Père. C’est là que la psychanalyse désigne le  défaut qui donne à la psychose sa condition essentielle, avec la structure qui la sépare de la névrose.         Pour Lacan, dans la psychose, c’est seulement  » un corps de signifiants forclos  » qui est projeté à l’extérieur. 

        Dans le cas de la névrose, à l’invocation du Nom-du-Père vient répondre
la Bejehung : jugement d’attribution qui donne au sujet sa vérité. 

        Pour ce qui est des perversions, le problème consiste à concevoir comment l’enfant s’identifie à l’objet imaginaire de la mère, c’est-à-dire justement une identification au phallus. Dans le sens d’un désir du désir. Et de ce fait, l’enfant se trouve happé dans le fantasma de la mère et devient la marionnette vivante d’un désir ont
la Mère est le sujet. 

        Chez le pervers, le fantasme maternel s’exprime à ciel ouvert. Contrairement à lui, le névrosé réprime le désir e la mère grâce à la loi paternelle de le castration qui lui signifie qu’il n’est pas le phallus de la mère et que celle-ci est interdite. 

        « Tout le problème des perversions, nous dit Lacan, consiste à concevoir comment l’enfant, dans sa relation à la mère, relation constituée dans l’analyse non pas par sa dépendance vitale, mais par sa dépendance de son amour, c’est-à-dire par le désir de son désir, s’identifie à l’objet imaginaire de ce désir en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus » .         Lacan : « Ecrits 2″ page, 70. 

        Lacan dit également : « Ce qui dans la névrose s’était inversé se voyait au jour dans la perversion. La perversion n’ayant pas été refoulée comme n’étant pas passée par l’Œdipe, l’inconscient était là à ciel ouvert » *.         *Jacques Lacan :  » Le séminaire, livre 5, Les formations de l’inconscient » page, 163. 

         

        Le désir de
la Mère est le désir essentiel du sujet, son désir le plus refoulé. Ce n’est pas la séparation d’avec la mère qui angoisse le sujet, mais au contraire, c’est l’effondrement de la barrière d’interdiction qui l’en sépare.
La Mère doit rester interdite pour qu’il y ait « demande » parce que la demande est la forme première de la parole. Et sans la demande il n y ‘ a pas de signifiants, ni de « sujet ». 

         

        La satisfaction du désir de
la Mère signifie la fin la « demande », l’abolition du sujet en tant qu’ être parlant. 

        L’angoisse e castration ne s’empare du sujet que lorsqu’ il y a tentation, présence du désir maternel. Ce n’est pas l’absence de la mère qui inquiète l’enfant mais sa présence. C’est quand elle   » ne le quitte pas  » que la mère angoisse l’enfant. 

        L’enfant peut  surmonter  » le manque « , l’absence de la mère, et ce, par exemple, par des automatismes de la nature du jeu du  » fort! da!  » mais ce qui est angoissant c’est sa présence. L’angoissant n’est pas le manque, mais le défaut de son appui :  » le manque du manque « . Quand elle n’est pas là, l’enfant se complait  à la reproduire dans son jeu. Quand elle est présente, le sujet est constamment exposé à l’  angoisse que le  » manque ne lui manque « . 

        L’Œdipe est une structure qui, par l’intermédiaire de la menace e castration, barre l’accès du sujet à l’objet du désir, et instaure la barrière de l’interdiction de l’inceste dont le Nom-du-Père est le représentant. C’est à ce moment que le sujet cède à son désir et se lie à
la Dette symbolique, qui est à l’ origine des sentiments de culpabilité et de toutes les morales sociales. 

         » D’autre part, qu’est-ce qu’il interdit, le père? C’est le point d’où nous sommes partis – il interdit la mère. Comme objet, elle est à lui, elle n’est pas à l’enfant, elle n’est pas à l’enfant. C’est sur ce plan que s’établit, au moins une étape, chez le garçon comme chez la fille, cette rivalité avec le père qui à elle seule engendre une agression. Le père frustre bel et bien l’enfant de la mère … Ici, le père intervient comme ayant-droit  et non pas comme personnage réel. Même s’il n’est pas là, même s’il appelle la mère au téléphone par exemple, le résultat est le même « .* * « Les formations de l’inconscient » page : 173. 


 


La Dette symbolique 

       
La Dette symbolique se noue autour du signifiant phallique. C’est ici que le sujet se divise et la loi de la prohibition de l’inceste commence à fonctionner. Le sujet se trouve en proie au clivage conscient-inconscient. Cette Loi fonctionne dans l’inconscient comme une loi de castration symbolique. 
   

   

                                                                                 




La psychanalyse des enfants

18012011

2010.jpg                          Mélanie Klein   et  la  psychanalyse  des  enfants 

                       Préface     Il est remarquable que l’œuvre de Mélanie Klein a suivi le cheminement d’un processus théorique original qui a profondément marqué même la psychanalyse moderne. 

    Mon propos, dans ce livre, est d’essayer d’offrir un exposé bien détaillé de la pensée kleinienne et d’en faire ressortir les aspects les plus originaux de son œuvre. Je tenterais également de faire mieux comprendre ses découvertes et ses innovations théoriques dans le cadre analytique. 

    Je m’appuierai essentiellement sur son ouvrage :  » La psychanalyse des enfants  » qui se considère comme la pierre angulaire de ses travaux. Le lecteur connaît , sans doute, suffisamment ce livre qui contient l’ensemble de ses réflexions et ses contributions majeures à la psychanalyse. C’est un grand classique de l’analyse d’enfants; il est l’aboutissement des premières conceptions de Mélanie Klein. 
 

                       Introduction 

                 Psychanalyste britannique d’origine autrichienne. Elle est née à Reizes à Vienne d’un père juif polonais et d’une mère juive slovaque. 

     Mélanie Klein est l’une des plus grandes figures de la psychanalyse. Son nom reste attaché à la psychanalyse des enfants. Son œuvre  s’affirme aujourd’hui comme une des voies essentielles de la psychanalyse post-freudienne. Elle n’a jamais reculé devant les conflits, les scandales et les déchirements du monde psychanalytique. Elle a toujours affronté courageusement, jusqu’à sa mort, l’establishment psychanalytique. 

           Mélanie Klein           Mélanie Klein fut très affectée et bouleversée par la mort prématurée de sa sœur Sidonie qui lui avait appris à lire et à écrire; puis par la mort de son frère et son père. 

     La culpabilité et le deuil semblent évidents dans son entourage ce qui nous permet de mieux comprendre l’attention que leur consacrent ses théories. Ces deuils familiaux répétés ont influencé ses travaux sur la dépression et la mélancolie. Les phénomènes liés à l’angoisse de séparation tiennent une grande place dans son œuvre. Mélanie Klein attribue au deuil un rôle central dans le développement normal et pathologique. 

     En 1916, M. Klein s’installe à Budapest et entre en analyse avec Sandor Ferenczi qui l’a initié à la psychanalyse; elle trouve en lui une satisfaction intellectuelle et affective. 

 Sur les conseils de Ferenczi, elle a envisagé d’appliquer la psychanalyse aux jeunes enfants.      En 1921, Karl Abraham l’invite à venir à Berlin. Elle s’y installe avec ses enfants et divorce. Elle devient membre de la société psychanalytique berlinoise. En 1924, elle entreprend une analyse avec K. Abraham. 

     En 1925, après la mort d’Abraham, Ernest Jones l’invite à donner des conférences à Londres. Peu après elle s’installe en Angleterre. 


     Considérations théoriques 

     Dans les premières semaines après la naissance, le nourrisson vit dans une relation fusionnelle à la mère. Il perçoit le monde de façon hallucinatoire et ne distingue pas entre lui et l’extérieur. Puis il va progressivement sortir de cette relation. Mais il va commencer à appréhender le monde extérieur sous forme d’objets partiels ( le sein de la mère en particulier ). Dans cette phase, le nouveau-né identifie son Moi aux images gratifiantes de la mère qui satisfait ses désirs. C’est-à-dire il identifie son Moi au bon objet, au  » bon sein  » qui lui donne des sensations agréables et des sentiments de sécurité. Mélanie Klein soutient que le bon sein provoque la construction du noyau du Moi en tant qu’il est introjecté et assimilé au Moi. 

     Tandis que le  » mauvais sein « , celui qui le frustre et l’angoisse devient un objet persécuteur; et c’est à ce moment qu’apparaît le Surmoi sadique et les pulsions destructrices et les fantasmes sadiques-oraux sont projetés sur le mauvais sein. Dans cette position dite schizoide-paranoide des trois premiers mois naissent les positions ambivalentes de l’amour et la haine, de la présence ou l’absence  de la mère. Le Moi aime la bonne mère et voudrait détruire la mauvaise mère. Le bon objet introjecté permet au Moi d’échapper à l’angoisse de type paranoide et construit le Moi ce qui permettra d’appréhender l’objet persécuteur. Ainsi le mauvais sein est mis à l’écart mais le Moi vivra toujours dans la crainte du retournement contre soi des mauvaises pulsions. 

     Vers le cinquième mois, la mère est vécue comme totalité. L’agressivité dirigée vers la mère frustrante est refoulée dans l’inconscient. Ce refoulement est à l’origine de la culpabilité et du désir de Réparation. C’est là que se situe la position dépressive. L’angoisse dépressive est liée à la peur de détruire celui qu’on aime. Parallèlement l’enfant se reconnaît  comme sujet total séparé de la mère et le Surmoi devient moins sadique que celui de la position paranoide-schizoide. L’enfant apprend à fantasmer et à attendre en l’absence de sa mère. Il intègre peu à peu son propre potentiel et devient autonome. C’est dans ce stade que s’opère le passage de l’imaginaire au symbolique et le principe de réalité fonde l’ordre symbolique.      

           

     La technique de l’analyse                 Par le jeu 

    Avant de parler des théories de Mélanie Klein, il faut tout d’abord dire que l’originalité de son œuvre tient au fait que, pour entrer en contact avec les enfants, elle a été la première, au début des années 20 à Berlin, à mettre au point la technique inédite de l’analyse par le jeu. Elle a osé à y appliquer les mêmes principes que dans l’analyse des adultes. Elle a substitué aux associations verbales de l’adulte les aléas du jeu des enfants. 

    Il s’agit, en fait, d’une méthode purement psychanalytique et thérapeutique qui n’avait aucun  objectif éducatif. L’œuvre de Mélanie Klein est centrée sur le monde fantasmatique de l’enfant et sur la valeur structurante de l’image maternelle. 

    Mélanie Klein nous a donné une élaboration plus complète et plus systématique d’un domaine, encore si peu exploré à son époque. Elle était d’une intuition étonnante pour tout ce qui touche à l’âme enfantine. La compréhension de la psychologie du jeune enfant l’intéressait au plus haut point. Elle a éveillé la vocation psychanalytique d’un domaine qui a révolutionné les théories communément acceptées.     Une telle pratique lui a permis de pénétrer le psychisme des jeunes enfants et de découvrir le monde fantasmatique de leur Imaginaire. Un monde cauchemardesque, pleins de bons et de mauvais objets, de fantasmes de dévoration, de sentiments dépressifs, de grandes angoisses et de peurs. 

    Mélanie Klein est parvenue à formuler une conception originale et innovatrice du fonctionnement mental de l’enfant et des hypothèses sur les premières manifestations du Surmoi archaïque.     La technique de l’analyse par le jeu l’amena  également à une conception des stades précoces de la situation oedipienne prégénitale avec toutes les jalousies, les amours et les culpabilités qui la caractérisent. 

Mélanie Klein 

Les premiers stades du développement 

    Pendant les premiers stades de son développement, le nourrisson éprouve des angoisses de caractère psychotiques qui sont indispensables au fonctionnement mental et qui sont à l’origine des psychoses de l’age adulte. Ces situations anxiogènes stimulent le développement normal, elles proviennent du sadisme que l’enfant dirige sur ses objets. 

    Au cours de cette phase, la tache première et primordiale du Moi consiste à transformer ces angoisses de caractère psychotiques en anxiétés névrotiques. Mélanie Klein s’intéressait particulièrement au phénomène de l’angoisse dans les débuts du développement humain. Les angoisses psychotiques infantiles stimulent, comme on a dit, le développement mais à condition de n’être point excessives; elles stimulent également l’interaction des relations aux objets tant extérieurs qu’intérieurs. Les anxiétés de nature psychotique expliquent les points de fixations des psychoses de l’adulte aux angoisses infantiles. 

    Cette hypothèse de base de M. Klein s’avère d’une importance capitale à son plan théorique. Par ses conceptions hardies, elle a enrichi la théorie générale de la psychanalyse et ses applications thérapeutiques chez l’adulte comme chez l’enfant.     Freud voyait dans la névrose obsessionnelle une régression à des fixations anales, M. Klein y découvre une tentative réparatrice destinée à contenir des angoisses psychotiques. 

    Le privilège donné à l’agressivité dans la théorie de M. Klein est de première importance. Il est l’objet même de ses recherches et de ses premières découvertes. En effet elle identifie comment les objets incorporés, avec le début du processus d’incorporation, assument la fonction du Surmoi. 

    Le point de départ de toute la formation du Surmoi est constitué par les objets intériorisés qui agissent dès la naissance par le processus d’introjection et de projection. Le Surmoi trouve son origine dans une division du ça que le moi utilise pour se défendre de ce qui subsiste de l’instinct de mort à l’intérieur. Donc M. Klein attribue l’origine du Surmoi à l’instinct de mort. Face à ce Surmoi primitif le Moi réagit par l’angoisse et ce n’est qu’au cours du développement que naissent les sentiments de culpabilités et les fantasmes sadiques envers le corps de la mère. 

    Le nourrisson apprend à différencier le bon le bon et le mauvais sein envers lesquels il peut transférer de façon permanente ses sentiments d’agressivité, de haine et de jalousie. Ce sont des relations d’objet  et ce n’est que vers la fin de sa première année que l’enfant prend conscience que ces objets sont réunis en une seule personne : c’est la mère qui prend soin de lui tout le temps. 

    L’enfant est pris dans une position paranoide-schizoide qui influence la façon dont le Moi se perçoit soi-même et les autres. Mélanie Klein soutient que ces fantasmes représentent le noyou de tous les désordres et les psychoses qui caractérisent l’age adulte.     On pourrait dire qu’avec ses propos sur la psychose infantile M. Klein représentait une menace considérable à l’orthodoxie freudienne. Freud lui-même a été choqué par les découvertes de M. Klein de la même façon que le monde psychanalytique a été choqué par la théorie freudienne de la sexualité infantile. 

    Mélanie Klein se sentait blessée par le rejet de Freud. Les conflits et les malentendus théoriques se faisaient de plus en plus sentir entre les admirateurs de M. Klein et les freudiens. La déception des antikleiniens et leur étonnement creusait l’écart entre les sociétés psychanalytiques de Londres et de Vienne. Seulement il faut signaler qu’en 1921 quand Freud introduit le concept de  » pulsion de mort « , M. Klein , impressionnée, admire et embrasse de tout son cœur  cette découverte. Parce que, comme on le sait, ses travaux allaient dans ce sens, en donnant un privilège de grande importance à l’agressivité et aux pulsions de destruction. 

    L’importance capitale des instincts de destruction qui émanent de la  » pulsion de mort « , expliquent clairement et cliniquement, selon les découvertes kleiniennes, la genèse des névroses et des psychoses infantiles. Les pulsions destructrices sont à l’origine de l’angoisse et de la paranoïa qui menacent la vie psychique de l’enfant et ses relations objectales. M. Klein insiste sur ces dangers qui structurent le Moi et le psychisme de l’enfant. L’interaction des instincts de vie et de mort est jugée indispensable au fonctionnement mental. 

  

Le soutien  indéfectible  d’Ernest Jones 

    Les antikleiniens et les adversaires se faisaient de plus en plus nombreux, comme Winnicott, Edward Glover, et même dans son entourage sa fille aînée Melitta qui fut un farouche adversaire pour sa mère dans les cercles professionnels, sans parler d’Anna Freud et Freud lui-même. 

    On lui reprochait la déviation et la complexité de ses idées et on l’accusait de minimiser l’importance de l’environnement de l’enfant. Mais le soutien constant et considérable d’Ernest Jones qui était président de la société psychanalytique de Londres et leader du mouvement britannique, lui permettait de 

poursuivre son cheminement théorique et de développer son œuvre. Il faut dire que grâce à son poids politique Ernest Jones a pu empêcher Freud de prendre ouvertement partie pour sa fille. En 1926, Jones invite M. Klein à joindre la société de Londres et lui propose d’analyser sa femme et ses deux enfants. 

Ernest Jones 

    Pour chercher une réconciliation entre kleiniens et antikleiniens et dans l’espoir de résoudre la crise à l’amiable entre les sociétés psychanalytiques de Vienne et de Londres, Ernest Jones tente d’organiser des débats et des séances plénières. Il lance, en 1935, une série d’échanges de conférences et des rencontres extraordinaires. Mais tout cela n’a pas suffi à la réconciliation. Le résultat est la discorde et les accrochages. 

    Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la psychanalyse en Angleterre vit dans une tripartition, une sorte d’apartheid, entre les trois groupes : kleiniens, freudiens stricts et indépendants ( middle group ou third group ). 

            La controverse 

   Anna Freud/Mélanie Klein 

    Selon Mélanie Klein, le Surmoi s’établit dès la fin de la première année et pendant cette phase le complexe d’oedipe commence à se développer. D’où la possibilité de la formation d’une névrose de transfert puisque l’enfant est entré dès la naissance en rapport avec les objets d’amour qui l’entourent et que ces objets sont précocement intériorisés comme images actuelles des objets originels. De ce fait, le transfert nécessaire sur la personne de l’analyste pourrait s’effectuer. Par conséquent, Mélanie Klein admet que l’enfant peut se prêter  facilement aux conditions de la cure psychanalytique par la technique du jeu; c’est-à-dire aux exigences des critères de la méthode présentée par Freud, à savoir le transfert et la résistance. 

    Anna Freud n’est pas de cet avis. Pour elle, au contraire, les objets primitifs des conflits de l’enfant ne sont pas encore intériorisés avant la formation définitive du Surmoi, et ces objets, sont encore présents dans l’entourage de l’enfant. 

    Anna Freud maintient que l’enfant ne peut développer une névrose de transfert et même  s’il peut y avoir une situation transférentielle le psychanalyste doit jouer un rôle éducatif. Selon M. Klein, cette action éducative empêcherait l’établissement d’une situation analytique véritable. 

    Anna Freud s’orientait dans une tout autre voie ( Introduction à la technique de l’analyse , 1927 ), elle cherchait à procurer un soutien pédagogique au Moi grandissant de l’enfant en renforçant chez lui les mécanismes de défense pour qu’il puisse affronter ses angoisses et ses conflits. 

Anna Freud 

    L’objet de la controverse 

    Anna Freud soutient qu’il faudrait atténuer la sévérité  du Surmoi en adjoignant une action éducative pour permettre une meilleure adaptation de l’enfant à son milieu et entrer en lutte secrète avec les parents et les effrayer en exaspérant pour eux l’importance des symptômes. Elle 

S’inquiétait devant le risque de  » réveiller chez l’enfant ses tendances instinctuelles (agressives et sexuelles) qui avant le traitement étaient réprimées.      Tandis que Mélanie Klein récuse avec vigueur toute tentative de pédagogiser l’analyse ou de provoquer un transfert positif. Aucun adoucissement n’est prôné :  » Une véritable situation analytique ne peut être réalisée que par des moyens psychanalytiques.  » Le résultat de cette polémique et de ces querelles est l’isolement du groupe de Anna Freud  à Hampstead Clinic alors que les kleiniens et les non-alignés coexistent dans une relative harmonie. 

    Anna Freud et Mélanie Klein avaient des démarches intellectuelles opposées et des modes de pensée totalement différents. A. Freud refuse l’idée d’une névrose de transfert parce que les premiers objets d’amour, les parents, existent encore dans la réalité, et non pas comme c’est le cas chez le névrosé adulte dans son imagination seulement. 

    La controverse se situe exactement au niveau de la définition de la névrose infantile et de la possibilité pour l’enfant d’organiser ou de ne pas organiser une névrose infantile. M. Klein situe la névrose infantile dans la phase dépressive. 

     Le 22 septembre 1960, Mélanie klein mourut sans s’être réconciliée avec ses adversaires. Elle nous a quitté après avoir éclairé le monde opaque de la toute petite enfance. 

      « Elle partit avec une certaine  majesté et sans inquiétudes quand à sa réputation. » 

            

          Bibliographie -        Mélanie Klein (1932), 

 » La psychanalyse des enfants « , Presses Universitaires de France, Cinquième édition, 1978. -        Daniel Lagache, 

 » La psychanalyse « , Presses Universitaires de France. -         » Journal  de  la  psychanalyse  de     L’Enfant « , 

    Quatrième numéro. 

    Table des matières 

Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction . . . . . . . . . . . . . 

Mélanie Klein. . . . . . . . . . . . Considérations théoriques. . .                     La technique de l’analyse 

                    par le jeu  . . . . . . . . .. . . . . . . Les premiers stades du développement  . . . . . . . . 

Le soutien indéfectible d’Ernest Jones . . . . . . . . . . . . La controverse Anna Freud/  Mélanie Klein . . . . . . . . . . . . Bibliographie  . . . . . . . . . . . . 




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La psychanalyse, Mélanie Klein et Jacques Lacan

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    photomk.bmp                 Première partie                                                                                                Mélanie Klein :  La psychanalyse des enfants 

                        Préface 

    Il est remarquable que l’œuvre de Mélanie Klein a suivi le cheminement d’un processus théorique original qui a profondément marqué même la psychanalyse moderne.     Mon propos, dans ce livre, est d’essayer d’offrir un exposé bien détaillé de la pensée kleinienne et d’en faire ressortir les aspects les plus originaux de son œuvre. Je tenterais également de faire mieux comprendre ses découvertes et ses innovations théoriques dans le cadre analytique. 

    Je m’appuierai essentiellement sur son ouvrage :  » La psychanalyse des enfants  » qui se considère comme la pierre angulaire de ses travaux. Le lecteur connaît , sans doute, suffisamment ce livre qui contient l’ensemble de ses réflexions et ses contributions majeures à la psychanalyse. C’est un grand classique de l’analyse d’enfants; il est l’aboutissement des premières conceptions de Mélanie Klein. 
 

                       Introduction                  Psychanalyste britannique d’origine autrichienne. Elle est née à Reizes à Vienne d’un père juif polonais et d’une mère juive slovaque.      Mélanie Klein est l’une des plus grandes figures de la psychanalyse. Son nom reste attaché à la psychanalyse des enfants. Son œuvre  s’affirme aujourd’hui comme une des voies essentielles de la psychanalyse post-freudienne. Elle n’a jamais reculé devant les conflits, les scandales et les déchirements du monde psychanalytique. Elle a toujours affronté courageusement, jusqu’à sa mort, l’establishment psychanalytique. 

           Mélanie Klein      

     Mélanie Klein fut très affectée et bouleversée par la mort prématurée de sa sœur Sidonie qui lui avait appris à lire et à écrire; puis par la mort de son frère et son père.      La culpabilité et le deuil semblent évidents dans son entourage ce qui nous permet de mieux comprendre l’attention que leur consacrent ses théories. Ces deuils familiaux répétés ont influencé ses travaux sur la dépression et la mélancolie. Les phénomènes liés à l’angoisse de séparation tiennent une grande place dans son œuvre. Mélanie Klein attribue au deuil un rôle central dans le développement normal et pathologique. 

     En 1916, M. Klein s’installe à Budapest et entre en analyse avec Sandor Ferenczi qui l’a initié à la psychanalyse; elle trouve en lui une satisfaction intellectuelle et affective.  Sur les conseils de Ferenczi, elle a envisagé d’appliquer la psychanalyse aux jeunes enfants.      En 1921, Karl Abraham l’invite à venir à Berlin. Elle s’y installe avec ses enfants et divorce. Elle devient membre de la société psychanalytique berlinoise. En 1924, elle entreprend une analyse avec K. Abraham. 

     En 1925, après la mort d’Abraham, Ernest Jones l’invite à donner des conférences à Londres. Peu après elle s’installe en Angleterre. 

     Considérations théoriques      Dans les premières semaines après la naissance, le nourrisson vit dans une relation fusionnelle à la mère. Il perçoit le monde de façon hallucinatoire et ne distingue pas entre lui et l’extérieur. Puis il va progressivement sortir de cette relation. Mais il va commencer à appréhender le monde extérieur sous forme d’objets partiels ( le sein de la mère en particulier ). Dans cette phase, le nouveau-né identifie son Moi aux images gratifiantes de la mère qui satisfait ses désirs. C’est-à-dire il identifie son Moi au bon objet, au  » bon sein  » qui lui donne des sensations agréables et des sentiments de sécurité. Mélanie Klein soutient que le bon sein provoque la construction du noyau du Moi en tant qu’il est introjecté et assimilé au Moi.      Tandis que le  » mauvais sein « , celui qui le frustre et l’angoisse devient un objet persécuteur; et c’est à ce moment qu’apparaît le Surmoi sadique et les pulsions destructrices et les fantasmes sadiques-oraux sont projetés sur le mauvais sein. Dans cette position dite schizoide-paranoide des trois premiers mois naissent les positions ambivalentes de l’amour et la haine, de la présence ou l’absence  de la mère. Le Moi aime la bonne mère et voudrait détruire la mauvaise mère. Le bon objet introjecté permet au Moi d’échapper à l’angoisse de type paranoide et construit le Moi ce qui permettra d’appréhender l’objet persécuteur. Ainsi le mauvais sein est mis à l’écart mais le Moi vivra toujours dans la crainte du retournement contre soi des mauvaises pulsions. 

     Vers le cinquième mois, la mère est vécue comme totalité. L’agressivité dirigée vers la mère frustrante est refoulée dans l’inconscient. Ce refoulement est à l’origine de la culpabilité et du désir de Réparation. C’est là que se situe la position dépressive. L’angoisse dépressive est liée à la peur de détruire celui qu’on aime. Parallèlement l’enfant se reconnaît  comme sujet total séparé de la mère et le Surmoi devient moins sadique que celui de la position paranoide-schizoide. L’enfant apprend à fantasmer et à attendre en l’absence de sa mère. Il intègre peu à peu son propre potentiel et devient autonome. C’est dans ce stade que s’opère le passage de l’imaginaire au symbolique et le principe de réalité fonde l’ordre symbolique.      

     La technique de l’analyse                 Par le jeu     Avant de parler des théories de Mélanie Klein, il faut tout d’abord dire que l’originalité de son œuvre tient au fait que, pour entrer en contact avec les enfants, elle a été la première, au début des années 20 à Berlin, à mettre au point la technique inédite de l’analyse par le jeu. Elle a osé à y appliquer les mêmes principes que dans l’analyse des adultes. Elle a substitué aux associations verbales de l’adulte les aléas du jeu des enfants.     Il s’agit, en fait, d’une méthode purement psychanalytique et thérapeutique qui n’avait aucun  objectif éducatif. L’œuvre de Mélanie Klein est centrée sur le monde fantasmatique de l’enfant et sur la valeur structurante de l’image maternelle. 

    Mélanie Klein nous a donné une élaboration plus complète et plus systématique d’un domaine, encore si peu exploré à son époque. Elle était d’une intuition étonnante pour tout ce qui touche à l’âme enfantine. La compréhension de la psychologie du jeune enfant l’intéressait au plus haut point. Elle a éveillé la vocation psychanalytique d’un domaine qui a révolutionné les théories communément acceptées.     Une telle pratique lui a permis de pénétrer le psychisme des jeunes enfants et de découvrir le monde fantasmatique de leur Imaginaire. Un monde cauchemardesque, pleins de bons et de mauvais objets, de fantasmes de dévoration, de sentiments dépressifs, de grandes angoisses et de peurs. 

    Mélanie Klein est parvenue à formuler une conception originale et innovatrice du fonctionnement mental de l’enfant et des hypothèses sur les premières manifestations du Surmoi archaïque.     La technique de l’analyse par le jeu l’amena  également à une conception des stades précoces de la situation oedipienne prégénitale avec toutes les jalousies, les amours et les culpabilités qui la caractérisent. Mélanie Klein 

Les premiers stades du développement     Pendant les premiers stades de son développement, le nourrisson éprouve des angoisses de caractère psychotiques qui sont indispensables au fonctionnement mental et qui sont à l’origine des psychoses de l’age adulte. Ces situations anxiogènes stimulent le développement normal, elles proviennent du sadisme que l’enfant dirige sur ses objets.     Au cours de cette phase, la tache première et primordiale du Moi consiste à transformer ces angoisses de caractère psychotiques en anxiétés névrotiques. Mélanie Klein s’intéressait particulièrement au phénomène de l’angoisse dans les débuts du développement humain. Les angoisses psychotiques infantiles stimulent, comme on a dit, le développement mais à condition de n’être point excessives; elles stimulent également l’interaction des relations aux objets tant extérieurs qu’intérieurs. Les anxiétés de nature psychotique expliquent les points de fixations des psychoses de l’adulte aux angoisses infantiles. 

    Cette hypothèse de base de M. Klein s’avère d’une importance capitale à son plan théorique. Par ses conceptions hardies, elle a enrichi la théorie générale de la psychanalyse et ses applications thérapeutiques chez l’adulte comme chez l’enfant.     Freud voyait dans la névrose obsessionnelle une régression à des fixations anales, M. Klein y découvre une tentative réparatrice destinée à contenir des angoisses psychotiques.     Le privilège donné à l’agressivité dans la théorie de M. Klein est de première importance. Il est l’objet même de ses recherches et de ses premières découvertes. En effet elle identifie comment les objets incorporés, avec le début du processus d’incorporation, assument la fonction du Surmoi. 

    Le point de départ de toute la formation du Surmoi est constitué par les objets intériorisés qui agissent dès la naissance par le processus d’introjection et de projection. Le Surmoi trouve son origine dans une division du ça que le moi utilise pour se défendre de ce qui subsiste de l’instinct de mort à l’intérieur. Donc M. Klein attribue l’origine du Surmoi à l’instinct de mort. Face à ce Surmoi primitif le Moi réagit par l’angoisse et ce n’est qu’au cours du développement que naissent les sentiments de culpabilités et les fantasmes sadiques envers le corps de la mère.     Le nourrisson apprend à différencier le bon le bon et le mauvais sein envers lesquels il peut transférer de façon permanente ses sentiments d’agressivité, de haine et de jalousie. Ce sont des relations d’objet  et ce n’est que vers la fin de sa première année que l’enfant prend conscience que ces objets sont réunis en une seule personne : c’est la mère qui prend soin de lui tout le temps. 

    L’enfant est pris dans une position paranoide-schizoide qui influence la façon dont le Moi se perçoit soi-même et les autres. Mélanie Klein soutient que ces fantasmes représentent le noyou de tous les désordres et les psychoses qui caractérisent l’age adulte.     On pourrait dire qu’avec ses propos sur la psychose infantile M. Klein représentait une menace considérable à l’orthodoxie freudienne. Freud lui-même a été choqué par les découvertes de M. Klein de la même façon que le monde psychanalytique a été choqué par la théorie freudienne de la sexualité infantile. 

    Mélanie Klein se sentait blessée par le rejet de Freud. Les conflits et les malentendus théoriques se faisaient de plus en plus sentir entre les admirateurs de M. Klein et les freudiens. La déception des antikleiniens et leur étonnement creusait l’écart entre les sociétés psychanalytiques de Londres et de Vienne. Seulement il faut signaler qu’en 1921 quand Freud introduit le concept de  » pulsion de mort « , M. Klein , impressionnée, admire et embrasse de tout son cœur  cette découverte. Parce que, comme on le sait, ses travaux allaient dans ce sens, en donnant un privilège de grande importance à l’agressivité et aux pulsions de destruction. 

    L’importance capitale des instincts de destruction qui émanent de la  » pulsion de mort « , expliquent clairement et cliniquement, selon les découvertes kleiniennes, la genèse des névroses et des psychoses infantiles. Les pulsions destructrices sont à l’origine de l’angoisse et de la paranoïa qui menacent la vie psychique de l’enfant et ses relations objectales. M. Klein insiste sur ces dangers qui structurent le Moi et le psychisme de l’enfant. L’interaction des instincts de vie et de mort est jugée indispensable au fonctionnement mental. 

Le soutien  indéfectible  d’Ernest Jones     Les antikleiniens et les adversaires se faisaient de plus en plus nombreux, comme Winnicott, Edward Glover, et même dans son entourage sa fille aînée Melitta qui fut un farouche adversaire pour sa mère dans les cercles professionnels, sans parler d’Anna Freud et Freud lui-même.     On lui reprochait la déviation et la complexité de ses idées et on l’accusait de minimiser l’importance de l’environnement de l’enfant. Mais le soutien constant et considérable d’Ernest Jones qui était président de la société psychanalytique de Londres et leader du mouvement britannique, lui permettait de poursuivre son cheminement théorique et de développer son œuvre. Il faut dire que grâce à son poids politique Ernest Jones a pu empêcher Freud de prendre ouvertement partie pour sa fille. En 1926, Jones invite M. Klein à joindre la société de Londres et lui propose d’analyser sa femme et ses deux enfants. Ernest Jones 

    Pour chercher une réconciliation entre kleiniens et antikleiniens et dans l’espoir de résoudre la crise à l’amiable entre les sociétés psychanalytiques de Vienne et de Londres, Ernest Jones tente d’organiser des débats et des séances plénières. Il lance, en 1935, une série d’échanges de conférences et des rencontres extraordinaires. Mais tout cela n’a pas suffi à la réconciliation. Le résultat est la discorde et les accrochages.     Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la psychanalyse en Angleterre vit dans une tripartition, une sorte d’apartheid, entre les trois groupes : kleiniens, freudiens stricts et indépendants ( middle group ou third group ). 

            La controverse 

   Anna Freud/Mélanie Klein     Selon Mélanie Klein, le Surmoi s’établit dès la fin de la première année et pendant cette phase le complexe d’oedipe commence à se développer. D’où la possibilité de la formation d’une névrose de transfert puisque l’enfant est entré dès la naissance en rapport avec les objets d’amour qui l’entourent et que ces objets sont précocement intériorisés comme images actuelles des objets originels. De ce fait, le transfert nécessaire sur la personne de l’analyste pourrait s’effectuer. Par conséquent, Mélanie Klein admet que l’enfant peut se prêter  facilement aux conditions de la cure psychanalytique par la technique du jeu; c’est-à-dire aux exigences des critères de la méthode présentée par Freud, à savoir le transfert et la résistance. 

    Anna Freud n’est pas de cet avis. Pour elle, au contraire, les objets primitifs des conflits de l’enfant ne sont pas encore intériorisés avant la formation définitive du Surmoi, et ces objets, sont encore présents dans l’entourage de l’enfant.     Anna Freud maintient que l’enfant ne peut développer une névrose de transfert et même  s’il peut y avoir une situation transférentielle le psychanalyste doit jouer un rôle éducatif. Selon M. Klein, cette action éducative empêcherait l’établissement d’une situation analytique véritable. 

    Anna Freud s’orientait dans une tout autre voie ( Introduction à la technique de l’analyse , 1927 ), elle cherchait à procurer un soutien pédagogique au Moi grandissant de l’enfant en renforçant chez lui les mécanismes de défense pour qu’il puisse affronter ses angoisses et ses conflits. Anna Freud 

    L’objet de la controverse     Anna Freud soutient qu’il faudrait atténuer la sévérité  du Surmoi en adjoignant une action éducative pour permettre une meilleure adaptation de l’enfant à son milieu et entrer en lutte secrète avec les parents et les effrayer en exaspérant pour eux l’importance des symptômes. Elle S’inquiétait devant le risque de  » réveiller chez l’enfant ses tendances instinctuelles (agressives et sexuelles) qui avant le traitement étaient réprimées.      Tandis que Mélanie Klein récuse avec vigueur toute tentative de pédagogiser l’analyse ou de provoquer un transfert positif. Aucun adoucissement n’est prôné :  » Une véritable situation analytique ne peut être réalisée que par des moyens psychanalytiques.  » Le résultat de cette polémique et de ces querelles est l’isolement du groupe de Anna Freud  à Hampstead Clinic alors que les kleiniens et les non-alignés coexistent dans une relative harmonie. 

    Anna Freud et Mélanie Klein avaient des démarches intellectuelles opposées et des modes de pensée totalement différents. A. Freud refuse l’idée d’une névrose de transfert parce que les premiers objets d’amour, les parents, existent encore dans la réalité, et non pas comme c’est le cas chez le névrosé adulte dans son imagination seulement.     La controverse se situe exactement au niveau de la définition de la névrose infantile et de la possibilité pour l’enfant d’organiser ou de ne pas organiser une névrose infantile. M. Klein situe la névrose infantile dans la phase dépressive. 

     Le 22 septembre 1960, Mélanie klein mourut sans s’être réconciliée avec ses adversaires. Elle nous a quitté après avoir éclairé le monde opaque de la toute petite enfance.       « Elle partit avec une certaine  majesté et sans inquiétudes quand à sa réputation. » 

       Deuxième partie:        Jacques Lacan :        » Le Nom-du-Père «  

       Avant-propos Le présent essai est une tentative de préciser et interroger brièvement quelques concepts et notions lacaniennes. Il devrait servir d’un livre d’initiation à la théorie de Jacques Lacan. Lacan a réélaboré admirablement la psychanalyse dans un autre contexte socio-culturel et scientifique. Par son apport héroïque à la théorie analytique, il a éclairé les profondeurs de la praxis, il en a défendu la vérité et a redéfini l’essence de la psychanalyse contre toutes les falsifications dont elle a été l’objet. 

L’important ce n’est pas d’être lacanien ou de ne pas l’être, mais c’est la psychanalyse qui continue…  » C’est à vous d’être lacaniens, si vous voulez. Moi, je suis freudien.  » Jacques Lacan, 1981.                        Introduction 

  La psychanalyse assigne au père un rôle prépondérant dans la formation du psychisme. La fonction paternelle est le principe de la causalité psychique toute entière. Freud reconnaît dans la relation de l’enfant à son père un moment fondateur de sa structure subjective car il est le support de son désir et c’est grâce à lui que le sujet accède à l’ordre symbolique.      Par ses manifestations, le père, détenteur du phallus, représente la loi, le langage, la culture et instaure la configuration familiale des trois individualités.      Tout d’abord, dans les études sur l’hystérie, Freud considère le père comme séducteur, dans le sens d’une séduction pathogène qui pourrait expliquer le noyau des désordres et troubles névrotiques :  » complexe nucléaire « . Ce n’est qu’ en 1912, que Freud vient de le nommer  » complexe d’ Œdipe « .   

                                  Dans le mythe d’oedipe, Freud repère l’instance paternelle comme, aussi, une fonction normative initiatrice à toute identification. L’équilibre psychique de l’enfant repose sur l’effet de cette normativation.             Cette fonction a une place assez large dans l’histoire de l’analyse. Elle est au cœur de la question de l’oedipe. L’universalité de ce complexe prouve qu’il a une fonction essentielle de normativation à travers
la Loi de la castration instaurée par le père. 
                    La psychanalyse précise que l’apparition du signifiant du Père, en tant qu’auteur de
la Loi, dans l’inconscient humain est liée à la mort, voire au meurtre du père. Le Nom-du-Père qu’invoque le sujet pour accéder symboliquement au langage, au signifiant, ce Père symbolique est bien le père mort. Le meurtre du père est le moment fécond de
la Dette symbolique par où le sujet se lie à vie à
la Loi. 

      » C’est seulement avec le franchissement de ce moment que le sujet devrait vivre la castration imaginaire, et cela quelque soit son sexe. Mais on ne pouvait jamais mener le sujet jusqu’à ce moment, si la mort du père, sa mort selon le vœu de la rivalité, dans le complexe d’oedipe, n’avait pas néanmoins laissé le sujet en proie à
la Dette. » Le structuralisme en psychanalyse, Moustafa  Safouan, page: 74.          
                                   

     La carence paternelle        et la père-version      Le complexe d’Œdipe ne se constitue pas de façon normale quand il y’a carence paternelle. Dans une situation oedipienne mal structurée, l’image du père est mal transmise, mal médiée, par la mère à l’enfant. Le prestige et la révérence du père, qui devrait être un idéal pour l’enfant, est mis en question, et le Nom-du-Père est exclu de sa position dans le signifiant.      Lacan met l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale. Lacan ajoute :  » Ce sur quoi nous voulons insister, c’est que ce n’est pas uniquement de la façon dont la mère s’accommode de la personne du père, qu’il conviendrait de s’occuper, mais du cas qu’elle fait de sa parole, disons le mot, de son autorité, autrement dit de la place qu’elle réserve au Nom-du-Père dans la promotion de la loi. ». Ecrits 2, page, 97.          

              Dans une pareille situation, l’enfant se trouve aliéné dans le désir de la mère. Son désir devient son désir à elle :  » être le phallus de la mère « . Désir du désir. Tout le problème des perversions, des psychoses, consiste à concevoir comment l’enfant s’identifie à l’objet imaginaire de la mère, c’est-à-dire une identification au phallus.               La fonction imaginaire du phallus est le pivot du procès symbolique qui autorise le parachèvement, dans les deux sexes, la mise en question du sexe par le complexe de castration.                                 La fonction imaginaire du phallus et le complexe de castration sont nécessaires pour l’assomption du sujet de son propre sexe et de sa mortalité. Par conséquent, le sujet se trouve voué à la haine et la rivalité au père, la jalousie et le vœu de mort à son égard. Le meurtre du père rendu nécessaire par la structure oedipienne dans toute l’histoire personnelle du sujet.     

                        Si l’enfant dans cette phase oedipienne, admet que le père est le détenteur du phallus et que la mère est interdite tout pourrait se bien passer et l’enfant accède facilement à l’ordre du langage et à l’idéal paternel. Ce qui fait sortir l’enfant des situations anxiogènes et dépressives, et l’exacerbation du sadisme des stades préoedipiens.      L’œuvre de Mélanie Klein a mis suffisamment en évidence ces processus prégénitaux schizoïdes-paranoïdes du corps morcelé qui agissent et qui s’ordonnent dans la rétroaction de l’oedipe.                

                                                                                                               Dans la psychose, le sujet invoque   le Nom-du-Père, mais puisque celui-ci y fait défaut, rien ne vient répondre à cet appel vain, car il y’a carence de la métaphore paternelle, carence du signifiant lui-même. Le signifiant du phallus, selon Lacan, doit être évoqué dans l’imaginaire du sujet par la métaphore paternelle. Quand il n’ y a pas réponse à cet appel cela veut dire que la métaphore paternelle n’a pas réussi. Ce qui fait déclencher la métaphore délirante. Dans ce cas ce qui vient répondre à l’invocation du Nom-du-Père dans l’Autre c’est un pur et simple trou, lequel provoquera, dit Lacan, un trou correspondant à la place de la signification phallique et cela est consécutif à la carence de l’effet métaphorique.                   

                                                     Soulignons ici ce sur quoi Lacan insiste à savoir le déclenchement du délire qui résulte de l’échec de l’effet métaphorique.                                 Lacan écrit : » Pour que la psychose se déclenche, il faut que le Nom-du-Père, verworfen, forclos, c’est-à-dire jamais venu à la place de l’Autre, y soit appelé en opposition symbolique du sujet. 

     C’est le défaut du Nom-du-Père à cette place qui, par le trou qu’il ouvre dans le signifié amorce la cascade des remaniements du signifiant d’où procède le désastre croissant de l’imaginaire, jusqu’à ce que le niveau soit atteint où signifiant et signifié se stabilisent dans la métaphore délirante ».      Ecrits 2, page : 95.      Il est clair qu’il s’agit là d’un dommage, un désordre, accident: dit Lacan, provoqué par l’échec de la métaphore paternelle, dite Verwerfung, et la forclusion du Nom-du-Père. C’est là que la psychanalyse désigne le  défaut qui donne à la psychose sa condition essentielle, avec la structure qui la sépare de la névrose.      Pour Lacan, dans la psychose, c’est seulement  » un corps de signifiants forclos  » qui est projeté à l’extérieur.      Dans le cas de la névrose, à l’invocation du Nom-du-Père vient répondre
la Bejahung : jugement d’attribution qui donne au sujet sa vérité. 
     Pour ce qui est des perversions, le problème consiste à concevoir comment l’enfant s’identifie à l’objet imaginaire de la mère, c’est-à-dire justement une identification au phallus. Dans le sens d’un désir du désir. Et de ce fait, l’enfant se trouve happé dans le fantasme de la mère et devient la marionnette vivante d’un désir ont
la Mère est le sujet. 
     Chez le pervers, le fantasme maternel s’exprime à ciel ouvert. Contrairement à lui, le névrosé réprime le désir e la mère grâce à la loi paternelle de le castration qui lui signifie qu’il n’est pas le phallus de la mère et que celle-ci est interdite. 

     « Tout le problème des perversions, nous dit Lacan, consiste à concevoir comment l’enfant, dans sa relation à la mère, relation constituée dans l’analyse non pas par sa dépendance vitale, mais par sa dépendance de son amour, c’est-à-dire par le désir de son désir, s’identifie à l’objet imaginaire de ce désir en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus » .      Lacan : « Ecrits 2″ page, 70.      Lacan dit également : « Ce qui dans la névrose s’était inversé se voyait au jour dans la perversion. La perversion n’ayant pas été refoulée comme n’étant pas passée par l’Œdipe, l’inconscient était là à ciel ouvert » *.      *Jacques Lacan :  » Le séminaire, livre 5, Les formations de l’inconscient » page, 163.            Le désir de
la Mère est le désir essentiel du sujet, son désir le plus refoulé. Ce n’est pas la séparation d’avec la mère qui angoisse le sujet, mais au contraire, c’est l’effondrement de la barrière d’interdiction qui l’en sépare.
La Mère doit rester interdite pour qu’il y ait « demande » parce que la demande est la forme première de la parole. Et sans la demande il n y ‘ a pas de signifiants, ni de « sujet ». 
      

     La satisfaction du désir de
la Mère signifie la fin la « demande », l’abolition du sujet en tant qu’ être parlant. 
     L’angoisse de castration ne s’empare du sujet que lorsqu’ il y a tentation, présence du désir maternel. Ce n’est pas l’absence de la mère qui inquiète l’enfant mais sa présence. C’est quand elle   » ne le quitte pas  » que la mère angoisse l’enfant. 
     L’enfant peut  surmonter  » le manque « , l’absence de la mère, et ce, par exemple, par des automatismes de la nature du jeu du  » fort! da!  » mais ce qui est angoissant c’est sa présence. L’angoissant n’est pas le manque, mais le défaut de son appui :  » le manque du manque « . Quand elle n’est pas là, l’enfant se complait  à la reproduire dans son jeu. Quand elle est présente, le sujet est constamment exposé à l’  angoisse que le  » manque ne lui manque ».      L’Œdipe est une structure qui, par l’intermédiaire de la menace de castration, barre l’accès du sujet à l’objet du désir, et instaure la barrière de l’interdiction de l’inceste dont le Nom-du-Père est le représentant. C’est à ce moment que le sujet cède à son désir et se lie à
la Dette symbolique, qui est à l’ origine des sentiments de culpabilité et de toutes les morales sociales. 

      » D’autre part, qu’est-ce qu’il interdit, le père? C’est le point d’où nous sommes partis – il interdit la mère. Comme objet, elle est à lui , elle n’est pas à l’enfant. C’est sur ce plan que s’établit, au moins une étape, chez le garçon comme chez la fille, cette rivalité avec le père qui à elle seule engendre une agression. Le père frustre bel et bien l’enfant de la mère … Ici, le père intervient comme ayant-droit  et non pas comme personnage réel. Même s’il n’est pas là, même s’il appelle la mère au téléphone par exemple, le résultat est le même « .* * « Les formations de l’inconscient » page : 173.      
La Dette symbolique 

    
La Dette symbolique se noue autour du signifiant phallique. C’est ici que le sujet se divise et la loi de la prohibition de l’inceste commence à fonctionner. Le sujet se trouve en proie au clivage conscient-inconscient. Cette Loi fonctionne dans l’inconscient comme une loi de castration symbolique. 
            Le Nom-du-Père      Et la constitution du sujet           La psychanalyse reconnaît dans la fonction paternelle une importance centrale qui était même au principe de ses découvertes. Cette importance fait que toute la causalité psychique se rapporte au père. 

Ce que j’essaierai d’éclaircir ici c’est de montrer que la psychanalyse met l’accent sur le rôle du père dans la constitution du sujet, et que celui-ci ne saurait se structurer et se signifier à lui-même sans qu’il ne soit établie dans son inconscient la métaphore paternelle qui lui permettrait d’être représenté par le signifiant. Et que la condition du sujet et la question de son existence dépendent de cette métaphore paternelle. Pour répondre à cette question, il est nécessaire tout d’abord de rappeler, comme ne cessait Lacan de le répéter, que l’inconscient est structuré comme un langage et que le sujet n’est qu’effet de ce langage. Donc se sont les connexions internes au signifiant qui structurent le sujet, et c’est là que s’articule la question de son existence. Et pour qu’il y ait signification du sujet il ne faut pas que la métaphore paternelle échoue. Sinon, comme nous le verrons, la question de son existence se présenterait dans l’inconscient comme ineffable, inarticulable et ce serait la forclusion de la métaphore paternelle. Dans la structure psychique, la fonction paternelle, en tant que métaphore et aussi comme instance symbolique, est considérée comme le support du désir du sujet dans le sens d’une identification. Le père est le support de la loi. Le support de l’édifice symbolique. A ce titre, le signifiant père est à entendre comme Nom, le Nom-du-Père. Car le père adopte son enfant      en   le   nommant, en  le Reconnaissant comme sujet d’un désir. C’est lui qui l’inclut dans l’ordre des générations. Ce Nom-du-Père est un signifiant pur, nécessaire à l’armature signifiante du sujet. En ce sens qu’il sert de support à la fonction symbolique et son défaut à la place de l’Autre ouvre un trou dans le signifié ce qui déclenche la forclusion du Nom-du-Père c’est-à-dire la psychose. Le Nom-du-Père est le noyau autour duquel se noue la vie psychique. C’est la clé de voûte, le nouage, le point de capiton dirait Lacan. Lacan écrit : « Au point où, nous verrons comment, est appelé le Nom-du-Père, peut donc répondre dans l’Autre un pur et simple trou, lequel par la carence de l’effet métaphorique provoquera un trou correspondant à la place de la signification phallique ». Chez les psychanalystes contemporains, on parle de plus en plus de la carence paternelle, la carence dans la père-version… Or si la forclusion du Nom-du-Père est responsable du déclenchement clinique de le psychose, la carence paternelle désigne ici les divers dysfonctionnements du Nom-du-Père dans les différents symptômes que présente l’enfant. Cette carence peut lui causer des préjudices irréparables. 

La fonction paternelle a un rôle normatif ou un rôle pathogène suivant que le père soutienne ou non sa place comme membre du trio familial. Dans le bon cas, autrement dit dans une triangulation oedipienne classique : « Le père doit maintenir la répression, dans le « mi-dieu », la version qui est propre de sa perversion, disait Lacan dans « RSI ». Il s’agit ici de la version qu’a le père de la perversion; Cette version est la seule garantie de sa fonction de père. Dans une telle situation, le père assume ses fonctions et est digne d’amour et de respect. Donc sa parole fait un point de capiton et devient un modèle d’identification pour son fils, ce qui instituerait l’ordre dans la métaphore paternelle et ordonnerait le désir du sujet.                     Dans le cas contraire, le rôle de la fonction paternelle est pathogène, on dit qu’il y’a carence paternelle. Tout d’abord, il faudrait bien préciser que parler de la carence du père dans la famille ce n’est pas parler de sa carence dans le complexe. C’est-à-dire qu’il y a aussi carence paternelle lorsque le père est faible ou effacé devant une mère dominatrice très virile, phallique comme on dit. On pourrait également parler de carence si le père est trop proche et parle trop de ses jouissances, ou même quand le père intervient exceptionnellement pour maintenir la répression : Le père possessif. Alors il n’est plus un modèle d’identification car la fonction du Nom-du-Père ne répond plus à l’appel du sujet. Et comme on a vu, cela peut aller jusqu’à l’échec de la métaphore paternelle. Le résultat serait la psychose.                     Dans les pages 578 et 579 des Ecrits, Lacan propose une énumération des figures du père :  » Encore dans cette recherche tâtonnante sur une carence paternelle, dont la répartition ne laisse pas d’inquiéter entre le père tonnant, le père débonnaire, le père tout-puissant, le père humilié, le père engoncé, le père dérisoire, le père en vadrouille, ne serait-il pas abusif d’attendre quelque effet de décharge de la remarque suivante : à savoir que les effets de prestige qui sont en jeu en tout cela … se ramènent à la rivalités des deux parents dans l’imaginaire du sujet … » 

Mais on devrait bien souligner encore un point très important c’est que le père réel peut ne pas être le géniteur. Françoise Dolto écrit : « Etre père, c’est donner son nom à son enfant, c’est payer e son travail la subsistance de cet enfant, c’est l’éduquer, l’instruire, c’est l’appeler à plus de vie, plus de désir, c’est bien différent que d’être géniteur. Tant mieux si le père est géniteur, mais il n’y a que des pères adoptifs … Un père doit toujours adopter son enfant … il n’y a de père qu’adoptif « .   Il est capital de noter ici qu’il faudrait bien souligner que lorsque le père est absent du trio familial, l’enfant se réfère au discours que tient la mère sur le père. Lacan écrit :  » On nous dira là-dessus qu’on met précisément l’accent sur le lien d’amour et de respect, par où la mère met ou non le père à sa place idéale  » …  » Sa révérence est décisive « . Si ce discours est négatif, par exemple dans le cas d’un enfant qui naît d’un viol, ou un père qui a désiré une autre femme ou a quitté la mère … Dans cette situation aussi on dit qu’il y a carence paternelle or il pourrait y avoir échec ou non-constitution de la métaphore paternelle. Cela ferait des ravages dans la subjectivité de l’enfant. On comprend aisément de ce fait que la carence paternelle peut avoir des incidences néfastes sur l’évolution psychique de l’enfant et son développement psycho-sexuel. Et pour revenir à notre exemple, l’enfant sera aliéné dans le désir de la mère, happé dans un fantasme maternel qui ne serait pas médiatisé par le Nom-du-Père qui devrait lui faire barrière à cette jouissance perverse d’être le phallus de la mère. Comme Lacan l’a bien précisé :  » La vraie fonction du père est d’unir un désir à la loi « .                     La fonction paternelle est l’initiatrice de la castration, qui signifie que le père doit intervenir dans la relation duelle pour signifier à l’enfant qu’il n’est pas le phallus de la mère, et à celle-ci qu’elle ne l’a pas. C’est la seule condition qui autorise au sujet l’accès à l’ordre symbolique, l’ordre du père, le porteur du phallus. C’est par le complexe de castration que se parachève dans les deux sexes la mise en question du sexe qui permettra au sujet de se situer dans le Désir de l’Autre. C’est pourquoi Lacan dit :  » Le désir du sujet est le désir de l’Autre  » et à ce propos, il faut bien comprendre que le « de » est une détermination subjective. C’est de cet Autre,  » autre scène  » disait Freud, que doit venir au sujet la réponse à son appel, sa propre signification, et ce ne peut être que grâce au Nom-du-Père. A partir de là, on comprend que dans l’imaginaire du sujet, sa propre signification, et la question de son existence est conditionnée par la signification du phallus qui doit être évoquée par la métaphore paternelle, et que la fonction imaginaire du phallus accorde au sujet l’accès au Symbolique. Sachant que cette fonction est le pivot du procès symbolique.                     Enfin, pour conclure, revenons au fantasme de la mère, et supposons que celle-ci est une mère phallique et que le père est effacé ou humilié comme a dit Lacan. Qu’advient-il alors? La métaphore paternelle serait incomplète car le signifiant « père » anéanti, ne peut plus exercer ses effets, et l’enfant serait perversement orienté du fait qu’il s’est trouvé attrapé, happé dans le fantasme de la mère en se faisant l’objet de son désir à elle : son phallus. Et comme le disait Lacan :  » C’est grâce au Nom-du-Père, que l’homme ne reste plus attaché au service sexuel de la mère « . 

         

    La primauté du phallus                                Le Phallus  est  le  terme  le  plus populaire de Lacan –    avec  celui du Nom-du-Père -,     il      est   rarement employé par Freud.        Le père, en tant que  père,  est  le seul représentant de 
la Culture  et 
la Loi, s’il est le seul qui donne accès au langage,    c’est   parce   qu’il    est   le détenteur  du  phallus   qu’il   peut   le donner ou le refuser.   
      Le phallus comme  » signifiant des signifiants  » donne la raison du désir de la mère,  » raison du désir de l’Autre ». Le phallus comme signifiant pur, n’a aucun rapport avec l’organe anatomique.  » L’homme n’est pas sans l’avoir  » et  » La femme est sans l’avoir » … dit Lacan. 

      Les féministes refusent cette logique du phallo-centrisme et de patricentrisme que Lacan met à la base de la culture et les valeurs fondamentales de nos sociétés.        Ainsi se comprend  » envie du phallus «   dont parle Freud, dans l’inconscient de la femme.         » La petite fille se considère elle-même,  fut-ce pour un moment, comme castrée, en tant que ce terme veut dire : privée de phallus, et par l’opération de quelqu’un, lequel est d’abord sa mère, point important, et ensuite son père, mais d’une façon telle qu’on doive y reconnaître  un transfert au sens analytique du terme « . *        * Lacan,  » La signification du phallus  » , page : 104. 

     Le complexe d’Œdipe           Et la castration       L’enfant s’aperçoit pendant la phase phallique que la mère ne possède pas le phallus. Ce manque s’organise dans l’inconscient du sujet comme une castration symbolique dont l’objet est imaginaire.       «   La petite fille doit admettre qu’elle n’a pas ce que, justement, elle n’a jamais eu. S’il s’agit d’un garçon, il ne saurait avoir le phallus, c’est-à-dire en faire usage, qu’à la condition de ne pas l’être « . * *  » Le structuralisme en psychanalyse  » page : 63                                       L’interdiction   de    la    mère   

est le fondement, le principe du complexe d’Œdipe, c’est là que le père est lié à la loi primordiale de la prohibition de l’inceste. C’est lui qui est chargé de représenter cette loi :       «   C’est par toute sa présence, par ses effets dans l’inconscient, qu’il accomplit l’interdiction de la mère. Vous attendez que je dise  » sous menace de castration « . C’est vrai, il faut le dire, mais ce n’est pas si simple. Le lien de la castration à la loi est essentiel … Prenons d’abord le garçon. Le rapport entre le garçon et le père est commandé, c’est entendu, par la crainte de la castration … L’enfant projette imaginairement sur le père des intentions agressives parce que son objet privilégié, la mère, lui est interdit ».* * Jacques Lacan   :  » Le séminaire, livre 5, Les formations de l’inconscient » pages : 169, 170.      » Bien que profondément liée à l’articulation symbolique de l’interdiction de l’inceste, la castration se manifeste donc dans toute notre expérience, et particulièrement chez ceux qui en sont les objets privilégiés, à savoir les névrosés. Elle a là son départ … La façon dont la névrose incarne la menace castrative est liée à l’agression imaginaire « .* * « Les formations de l’inconscient »  page : 170.       Dans sa dernière étape, l’ Œdipe culmine par des sentiments d’amour envers le père. C’est cette composante d’amour qui donne la fin du complexe, son déclin. C’est à son père que le sujet doit la reconnaissance où s’institue, s’ordonne le désir dans l’inconscient, et que le sujet s’assujettit à la loi paternelle. C’est à ce moment que se constitue le rapport du sujet non pas au social mais au langage, rapport à l’Autre comme le Lieu d’où procède le langage. Il faut bien souligner ici que cette composante de reconnaissance et d’amour explique la dialectique de l’identification au père. « C’est pour autant que le père est aimé que le sujet s’identifie à lui »* * Les formations de l’inconscient, page : 171.        Pour ce qui est de la mère, par son attachement et son amour, c’est elle qui introduit l’enfant dans l’ordre symbolique. Pourtant c’est bien elle qui identifie m’enfant au phallus, l’objet qu’elle n’a jamais eu. L’enfant devrait représenter à la mère ce qu’elle a réellement perdu, nommément le phallus. On comprend de cela que le comportement de la mère, par sa castration à elle, puisse aller dans le sens de la   » perversion « . 

     Si le père n’est pas mis à sa place idéale, la mère transmet cette  » père-version  » à l’enfant en tant qu’il doit rester aliéné dans son fantasme,  le phallus.      Pour que l’animal humain accède à l’ordre symbolique, il faut que le Nom-du-Père fasse barrière à cette jouissance.      C’est là que la psychanalyse mérite son nom et se distingue de tout ce qui, autrement, ne sera qu’une doctrine psychologique.        » Le renversement que la psychanalyse introduit en matière d’éthique gît dans l’affirmation de ceci que : le Souverain Bien n’existe pas,
la Mère est interdite « .* 
·             « Le Structuralisme en psychanalyse » page : 45. 
                                                                                                                                                                                                                           Petit lexique 

     Aliénation : Relation  de confusion entre le sujet et les objets. Autre   : L’ordre   du   langage constituant  la  culture  et     l’inconscient. Névrose : « Manière déficiente de parcourir l’ordre du langage selon des relations demeurées imaginaires  (refoulées) « . Psychose :  » Déficience radicale – effet de la forclusion – qui se traduit par une inaptitude à rapporter correctement le signifiant au signifié ou le signifié au signifiant « . 

    Ouvrages analytiques cités -          » La psychanalyse des enfants « , Mélanie Klein , PUF. -          » La psychanalyse « , Daniel Lagache , PUF. 

- » Journal de la psychanalyse de l’enfant », Quatrième numéro. -  Ecrits, Editions du Seuil, 1966. -         Le séminaire, livre 5, Les formations de l’inconscient. -         Le Structuralisme en psychanalyse, Moustafa Safouan, Editions     du Seuil, 1968.                 

                                                                                                   Table des matières    Première partie: Mélanie Klein : La psychanalyse des enfants Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . Mélanie Klein. . . . . . . . . . . . . . . . Considérations théoriques. . . . . . .                               La technique de l’analyse   par le jeu  . . . . . . . . .. . . . . . . . . .  Les premiers stades   du développement  . . . .. . . . . . . . Le soutien indéfectible   d’Ernest Jones . . . . . . . . .. . . . . . . La controverse Anna Freud/  Mélanie Klein . . . . . . . . . . . . . .                        Deuxième partie :                       Jacques Lacan :                       Le Nom-du-Père                             Avant-propos. . . . . . . . . . . . . . . .. .                        Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . .                        La carence paternelle                        Et la père-version . . . . . . . . . . . . ..                         Le Nom-du-Père                        Et la constitution du                        Sujet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .                        Le complexe d’oedipe                        Et la castration . . . . . . . . . . . . . . . .                        La primauté du phallus . . . . . . . . .                        Petit lexique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 




 » Winnicott : L’objet transitionnel « 

7102012

     Abdelhaq Chrigui

           Winnicott

    L’objet transitionnel

         Préface

         Les idées de Winnicott et les trouvailles   géniales qu’il a largement développées sont devenues aujourd’hui, pour de nombreux psychanalystes du monde, une référence centrale. Et son oeuvre est devenue populaire parmi les spécialistes. C’est une théorie parfaitement cohérente.      Winnicott a su comment déterminer et éclairer la fonction que remplit les processus de pensée dans l’économie psychique et le fonctionnement mental.

         Dans ce livre, nous avons la prétention de mettre en lumière une pensée admirable  et socratique. On peut remarquer facilement l’originalité de Winnicott dans les conceptions et les axes principaux de ses orientations, dans ses attitudes audacieuses et même dans les traits de sa personnalité.

      Introduction

        Donald Woods Winnicott (7 avril 1896 à Plymouth – 28 janvier 1971) a commencé sa carrière en 1923 comme pédiatre à Paddington Green Childrens Hospital. Dans les années 30, D.W.W. est venu à l’analyse pour compléter et approfondir son expérience clinique en pédiatrie. Entre ces deux activités il a su comment enrichir l’une par l’autre. Il était psychanalyste didacticien dela BritishPsychoanalyticalSociety.

        Winnicott a entamé sa formation de psychanalyse avec James Strachey. Puis il a été psychanalysé par Joan Riviere. Celle-ci était kleinienne et elle a même co-écrit avec Mélanie Klein le livre  « L’amour et la haine ». D.W.W. est un psychanalyste post-kleinien qui est toujours resté dans la ligne de la doctrine freudienne classique.

     Les réflexions de Winnicott s’inspirent du concept d’objet transitionnel qui se considère comme le noyau de sa théorie. Il a particulièrement mis en évidence les processus transitionnels qui entrent en jeu dans l’activité mentale. Ses développements théoriques  demeurent un travail laborieux et original qui a marqué la psychanalyse moderne.

         Entre les disciples de Mélanie Klein et les tenants d’Anna Freud, avec toutes les ruptures et les filiations, et les oppositions théoriques et techniques, Winnicott fut un des animateurs du middle group et son influence y a été et reste considérable. Son groupe est un groupe médiateur entre ces déchirements, ces narcissismes et ces transferts jamais liquidés.

       L’objet transitionnel:

     Winnicott était le premier à avoir parlé de l’objet transitionnel et les phénomènes transitionnels au début des années 50.

    L’objet transitionnel est l’hypothèse de base de Winnicott. Elle est la première  » possession non-moi  » de l’enfant. Les phénomènes transitionnels sont la première forme des manifestations qui caractérisent la vie culturelle de l’adulte. Pour que le bébé reconnaisse l’existence de la réalité extérieure, il doit vivre une expérience intermédiaire qui lui facilite une transition du « dedans » au « dehors », et ce, grâce à l’objet transitionnel (mouchoir, bout de tissu, coin de drap ou de couverture). Cette transition est illusoire et cet  objet élu représente un témoignage fragile et précieux qui permet au bébé de renoncer à la toute-puissance et l’omnipotence magique du premier âge ce qui favorise à l’enfant de reconnaître le monde extérieur et d’affronter victorieusement l’épreuve de réalité.

     C’est un objet matériel, privilégié et choisit par le nourrisson à partir de l’âge de 4 mois. Il est généralement doux au toucher. Il est utilisé pour rassurer et réconforter l’enfant.

                               Par exemple, un ours en peluche utilisé au moment de l’endormissement.

     Ce qui intéresse Winnicott ce n’est pas l’objet en lui-même mais c’est le phénomène transitionnel sous-jacent. C’est une condition indispensable qui facilite le cheminement du nourrisson du subjectif vers l’objectif.

    L’objet transitionnel libère le bébé des tensions de la réalité du « dedans ». Et de ce fait le nourrisson  accède  imaginairement au « dehors » et parvient d’une façon illusoire à accepter la réalité extérieure. C’est une sorte d’ajustement à la réalité. La mère doit être consciente de cette opération et doit veiller au bon déroulement de cette expérience transitionnelle pour que le bébé puisse affronter et accepter la réalité extérieure et passer de la dépendance à l’indépendance. Par la présence constante de l’objet transitionnel, cette expérience garantira au bébé la possibilité du passage entre le monde intérieur et le monde extérieur et lui permet de distinguer tous les objets « non-moi ».

     Un objet qui révèle  une transitionnalité permet à l’enfant de perdre ses sentiments de toute-puissance et d’accéder à l’objectivité. Selon Winnicott, l’espace transitionnel est un lieu de détente psychique qui représente pour le l’enfant une présence rassurante de la mère et qui lui permet de lutter et de se défendre contre l’angoisse (angoisse de type dépressif, c’est-à-dire angoisse de perdre l’objet maternel).

    L’objet de Winnicott va accompagner  l’être humain toute sa vie et marquera toutes ses activités culturelles, artistiques et religieuses. Il faut noter que, pour Winnicott cette expérience des premiers mois prendra des formes diverses dans l’âge adulte. Les oeuvres d’art et les créations artistiques et culturelles trouvent leur origine dans le fonctionnement même de l’expérience transitionnelle.

     Peu à peu, et au cours du développement, cet objet va évoluer et s’étendre aux domaines culturels et donnera accès au jeu et aux activités artistiques. D’autre part, cette sublimation dans l’âge adulte à un aspect inconscient d’une angoisse de perdre l’objet.

     Si la fonction de l’objet transitionnel passe de la communication au déni de la séparation, la situation devient pathologique.

    Il faudrait ajouter ici que l’originalité de Winnicott est plus remarquable quand il donne une grande importance aux valeurs de création. Le nourrisson a l’impression d’avoir crée l’objet parce que le sein surgit au moment où l’enfant le désir. C’est l’illusion d’omnipotence qu’a le bébé parce qu’il y a coïncidence entre le désir et l’apparition du sein. La désillusion c’est lorsque l’enfant s’aperçoit de son angoissante dépendance de l’objet maternel. Au cours de cette période l’objet transitionnel vient faire interface entre l’enfant et sa mère.

    Winnicott met l’accent sur la similarité de ce processus d’avec celui du jeu de la bobine « Fort und da » cité par Freud dans Au-delà du principe du plaisir. Dans ce jeu, Freud décrit la compulsion d’un enfant à utiliser une bobine, pendant l’absence de sa mère, pour produire sa présence et soulager l’angoisse de séparation. En tirant la ficelle, la bobine apparaît et disparaît ce qui permet au bébé de communiquer symboliquement avec la mère.

                                                                                     Winnicott a toujours été fidèle à la doctrine freudienne même s’il n’y fait pas souvent référence. Il doit son originalité au fait d’avoir considérer l’expérience transitionnelle comme la forme la plus rudimentaire du jeu. La source théorique de Winnicott se trouvait déjà chez Freud à propos du jeu et la créativité. Freud écrit en 1908 : « Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d’une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s’oppose au jeu n’est pas le sérieux, mais la réalité ».

    Winnicott écrit en 1967 :  » L’expérience culturelle commence avec le jeu et conduit à tout ce qui fait l’héritage de l’homme: les arts, les mythes historiques, la lente progression de la pensée philosophique et les mystères des mathématiques, des institutions sociales et de la religion « .

    Winnicott a toujours été fidèle à la doctrine freudienne même s’il n’y fait pas souvent référence. Il doit son originalité au fait d’avoir considérer les phénomènes transitionnels comme la forme la plus rudimentaire du jeu. Quand le bébé suce son pouce c’est la forme la plus simple du transitionnalisme. C’est la découverte d’un lieu, d’un espace  » potentiel  » qui se situe entre le subjectif et l’objectif. Cela implique l’existence d’un lieu comme  » l’autre scène  » selon le système freudien. Lieu de fantaisie et des activités artistiques et culturelles.

     Selon Winnicott, le jeu est thérapeutique par lui-même et son rôle est de permette à l’enfant de maîtriser symboliquement l’absence de la mère et échapper à ses exigences. Echapper aussi à la séduction et  au désir de la mère, son désir à elle. Sans le jeu l’enfant va rencontrer le problème de s’adapter au Désir de la mère et ses exigences. Et dans le cas contraire selon Jacques Lacan, c’est le fétiche qui va combler et remplacer ce qui manque à la mère à savoir le phallus. Mais pour Winnicott, l’objet transitionnel est un substitut de transition qui obstrue ce qui manque à l’enfant, le manque que laisse l’absence de la mère, et qui comble matériellement ce manque.

     Dans le jeu se manifeste le désir de l’indépendance du bébé qui est le moteur de la métaphore ludique et par le jeu l’enfant évite de se situer comme objet du désir de la mère.

     Winnicott met l’accent sur la conquête de l’indépendance chez le nourrisson. Tant que l’indépendance n’est pas acquise, l’absence de la mère angoisse l’enfant et lui donne des sentiments d’insécurité. Dans cette situation frustrante et pénible, l’enfant va recourir à la répétition  en créant l’objet transitionnel.

    La mère « suffisamment bonne »

      La mère pour Winnicott est avant d’être un objet ou un sein qui nourrit, c’est un monde de paroles, d’amour et de soutien, de caresses, de regards et de sourires: c’est ce que appelle Winnicott la mère « suffisamment bonne ». La mère est le premier environnement du bébé dans ses premiers mois de développement. A ce stade, le terme « mère » est équivalent à « environnement ».Selon Winnicott une mère « suffisamment bonne »  est une mère capable de fournir un environnement convenablement « bon » à son enfant. Une mère « suffisamment bonne » est une mère qui elle-même ait pu bénéficié d’un bon environnement. Si la mère est suffisamment bonne elle porte son enfant dans ses bras comme dans son imaginaire.

    Winnicott a toujours dit que son travail est en complémentarité de celui de Freud. Il écrit en 1960 :  » Freud rendait ainsi pleinement hommage  au rôle joué par les soins maternels, et on peut supposer que s’il n’a pas abordé ce sujet c’est qu’il ne se sentait pas prêt  à analyser ses implications ».

     On doit prendre en considération comment Winnicott s’est détourné de Mélanie Klein qui accorde une grande importance au monde fantasmatique  du bébé et à l’imago du « bon » et du « mauvais » objet.

     Winnicott a découvert l’espace transitionnel, espace potentiel, ni intérieur ni extérieur situé entre le bébé et sa mère où se développe l’aire de jeu et de créativité qui sont des expériences fondamentales pour la maturation psychique de l’enfant. Lorsque le développement  de cet espace est précocement perturbé l’adaptation de l’enfant au monde extérieur est compromise.

        Winnicott a centré son attention sur des éléments de grande valeur. D’abord il s’est particulièrement attaché aux relations objectales et le lien à l’objet, qui est, à l’origine, un lien à la mère. Puis il a étudié ce lien en tant que processus du fonctionnement mental. Ce processus consiste pour l’enfant de communiquer symboliquement avec la mère. Si la communication ne passe pas normalement entre le bébé et sa mère, si celle-ci est une mère dépressive par exemple,  la situation devient complexe et pathologique. L’absence de communication va donner des sentiments d’insécurité au bébé.

     Le père aussi peut représenter l’ « environnement » au nouveau-né s’il s’occupe de lui et s’il intervient en tant que mère.

     La mère ne doit pas être parfaite. Elle doit juste être une mère suffisamment bonne. Elle peut même être suffisamment mauvaise afin de ne pas être trop bonne ou trop dévouée. Cela garantit au bébé la possibilité de dépasser l’illusion de l’omnipotence et la « dépendance absolue » de cette période et lui favoriserait également la symbolisation.

     La mère doit manifester un soutien et une adaptation parfaite aux besoins du tout-petit et doit lui préserver son « sentiment continu d’exister ».

     La mère doit être progressivement absente. La mère suffisamment bonne doit introduire la frustration mais pas brutalement. La mère absente fait l’ « intérieur » du nouveau-né et son « vrai soi », son « vrai self ». Sans cette absence, le bébé va réagir au lieu d’agir ce qui briserait sa continuité d’existence et son sentiment d’ « être » ferait défaut. Et par conséquent, le self se dissocie en faux-self. Ce faux-self est dépendant des difficultés psychiques inconscientes de la mère.

     Pour que la mère soit suffisamment bonne il faut qu’elle même ait le sentiment de sécurité et le sentiment d’être aimée dans son entourage et surtout aimée par le père. Ce qui va aboutir à l’indépendance progressive de l’enfant.

     Dans la pathologie de l’enfant, Winnicott prend en compte la personnalité réelle de la mère et la réalité vécue du bébé dans son lien à sa mère.

     Winnicott se démarque de la position des kleiniens qui ne prennent pas en compte la mère et qui accordent la prépondérance au « sein » en tant qu’objet partiel et aux fantasmes du bébé.

            Deuxième partie

                  La névrose

     Au début du vingtième siècle, les découvertes psychanalytiques ont apporté des connaissances très importantes à la compréhension des désordres psychiques. La psychanalyse seule a contribué à saisir et à comprendre les processus qui entrent en jeu dans l’évolution, la structure  et les causes des troubles névrotiques et psychotiques. Les investigations psychanalytiques ont modifié le tableau clinique et révolutionné les cadres  de la  nosographie psychiatrique qui ne voyait dans la causalité des maladies mentales que des facteurs et des constitutions héréditaires, des lésions corporelles et des processus physiologiques.

       La psychanalyse  nous a  éclairé  la signification et les causes de la maladie psychique et nous a fait saisir comment la constitution et l’évolution de ces désordres trouvent leurs origines et leur sens dans l’interaction du malade et ses rapports avec le monde extérieur et avec lui-même. Et aussi la psychanalyse insiste sur le rôle déterminant du passé et de toute l’histoire personnelle du malade et son interaction avec son entourage depuis sa toute petite enfance.  Les relations, les dépendances et les attachements affectifs et physiques qu’avait le sujet dans son enfance avec ses parents  et ses proches expliquent les origines et le  » noyau «   de la maladie mentale qui est le « produit » de toutes ces interactions.

    L’expérience clinique psychanalytique a profondément modifié et enrichi la description du tableau clinique de la genèse de la maladie. La psychanalyse a prouvé et a clairement précisé comment les liens d’amour et les attachements affectifs et corporels de l’enfant peuvent jouer un rôle pathogène dans sa vie psychique avec toutes les frustrations et les blessures narcissiques qu’ils impliquent. En effet, les affects, les souvenirs douloureux et les chocs émotionnels contribuent et agissent comme facteurs déterminants dans la causalité et l’organisation de toutes les névroses et les psychoses infantiles. Il n’est pas de névrose sans névrose infantile. Cela ne veut pas dire que la psychanalyse écarte les causes physiologiques au contraire le rôle de la personnalité et sa prédisposition névrotique est capital.

         Les psychonévroses

     Dans un premier temps, il faut distinguer entre les psychonévroses et les névroses actuelles et traumatiques. Ce sont les premières découvertes psychanalytiques et elles sont appelées ainsi parce que dans  la relation psychanalytique classique le conflit névrotique se transpose le mieux à travers le transfert qui s’établit entre l’analyste et l’analysant.

    Les psychonévroses demeurent  les plus propres et les plus accessibles à la thérapie et le traitement psychanalytique. Du point de vue descriptif, le névrosé se sent impuissant et gêné dans l’accomplissement de ses actes et la satisfaction de ses désirs et besoins. Il se plaint de sensations pénibles,   d’émotions

douloureuses, de peurs et d’anxiétés, de sentiments de culpabilité et de dépression. Il souffre tout le temps d’inhibitions sexuelles, des idées obsessionnelles, des perturbations de sommeil et d’insomnies et d’incapacités à la concentration intellectuelle.

Dans la psychonévrose le Sujet ne peut supporter ses frustrations et ses angoisses et se trouve devant l’incapacité de s’ajuster à son entourage et la réalité de sa vie en société.

     Du point de vue économique (quantitatif), il faut dire qu’il y a un conflit inconscient (entre le Moi et le ça) que le malade n’arrive pas à résoudre normalement ou à y trouver une conciliation bien adaptée qui maintient l’équilibre et le bien-être psychique comme pourrait faire un Sujet bien-portant. Le conflit névrotique se comprend comme un désir (une excitation instinctive) qui a été refoulé c’est-à-dire que la censure et les idéaux du Moi se sont opposés à sa satisfaction et sa réalisation.

    Dans les psychonévroses, le refoulement opère comme un blocage de la décharge d’une excitation instinctive (sexuelle ou agressive). Les défenses du Moi s’opposent à la décharge de cette excitation du fait qu’elle soit jugée dangereuse ou reprochable et gênante pour la sécurité et l’équilibre du Moi.

   Dans un deuxième temps, ce qui vient gêner et troubler l’équilibre du Moi c’est l’apparition du symptôme qui fait irruption dans la conscience et la conduite.  Freud dit que le symptôme représente  une décharge involontaire (inconsciente) et le considère comme une réponse, une conciliation au conflit névrotique qui vient se substituer à la décharge normale de l’excitation. Les psychonévroses se conçoivent comme une tentative d’ajustement qui concilie la satisfaction du désir inconscient et la sécurité grâce au symptôme qui est un compromis entre le Moi et les tendances refoulées.

      Les névroses selon Freud

        et selon Mélanie Klein

     Freud relève trois facteurs essentiels qui sont à l’origine des névroses et qui sont ses causes spécifiques:

     Le facteur biologique: Freud a particulièrement souligné le rôle du déterminant biologique qui correspond à la faiblesse du Moi, pendant les premiers stades du développement, et sa dépendance aux deux autres instances, le ça et le Surmoi. Ce facteur est aussi l’état de dépendance de l’enfant à l’égard de l’objet susceptible de protéger contre les dangers qui proviennent du ça et du monde extérieur.

     Dans « Inhibition, symptôme et angoisse » (1926) Freud dit: «   C’est le facteur biologique qui est à l’origine des premières situations de danger et qui crée le besoin d’être aimé qui n’abandonnera plus l’être humain ».

     Le facteur phylogénétique:

     Freud ne méconnaît pas l’importance du facteur phylogénétique  qui réside dans l’angoisse de castration et les sentiments de culpabilité transmis à travers les générations du fait du meurtre du père.

     Freud a reconnu l’importance de la crainte de castration à laquelle se rapporte l’instauration de la morale et de la religion et la formation du Surmoi et le déclin du complexe d’oedipe.

      Le facteur psychologique:

      Le troisième facteur, selon Freud, est d’ordre psychologique, qui est l’imperfection de l’appareil psychique du petit de l’homme. Le Moi traite les motions pulsionnelles du ça  comme s’il s’agissait de dangers extérieurs et ne peut s’en défendre et c’est à ce moment que la névrose s’installe.

     Selon Mélanie Klein, les névroses ne trouvent pas leur origine dans le complexe d’oedipe et le complexe de castration, comme Freud l’a souligné, mais se sont des défenses contre les situations anxiogènes précoces de caractère psychotique.

    Pour Mélanie Klein, les névroses phobiques et les névroses  obsessionnelles sont des aménagements défensifs contre la psychose. Freud les considère comme une défense contre les exigences libidinales résultants du complexe d’oedipe. Tandis que pour Mélanie Klein elles auraient pour but de guérir l’état psychotique qu’elles recouvrent. C’est-à-dire que la névrose obsessionnelle constitue la « couverture » d’une psychose latente.

     Si pour Freud, le complexe d’oedipe est le noyau de la névrose Mélanie Klein tient en compte la précocité des processus préoedipiens dans la constitution de l’organisation névrotique. Elle accorde une importance capitale à l’histoire prégénitale du patient.

    Selon la conception kleinienne, c’est le sadisme des désirs archaïques qui conduit l’enfant à refuser la réalité et à développer des traits névrotiques (obsessionnels et phobiques). Les situations anxiogènes (génératrices d’angoisse) constituent un facteur étiologique fondamental des névroses. Celles-ci résultent des conflits entre pulsions destructrices et pulsions libidinales.

     Si Freud refuse d’inscrire les névroses dans des structures préoedipiennes, Mélanie Klein dit que l’organisation névrotique dépend des points de fixation et de régression qui correspondent aux stades de développement prégénitaux. (la névrose phobique est liée au stade oral tandis que la névrose obsessionnelle reste liée au second stade anal).

    Les névroses phobiques de l’enfance sont l’expression  des situations anxiogènes primitives qui demeurent fortement agissantes. Elles tirent leur origine d’un mécanisme caractéristique du premier stade anal, de l’expulsion du Surmoi terrifiant et représentent un moyen de surmonter la peur de ce Surmoi et du ça. Dans un premier temps, le Surmoi et le ça sont rejetés dans le monde extérieur et le Surmoi est assimilé à l’objet réel. Puis le deuxième mécanisme consiste à déplacer sur l’objet phobique la crainte inspirée par le vrai père.

    L’objet anxiogène (phobique) représente le Surmoi et le ça des stades primitifs de la formation du Moi.

    Pour Mélanie Klein, les névroses n’ont pas leur origine dans le complexe d’oedipe et le complexe de castration.

     » Dans cette perspective, une zoophobie serait beaucoup plus qu’une crainte de castration par le père, déguisée en celle de se faire mordre par un cheval ou manger par un loup. La crainte d’être dévoré par le surmoi, plus primitive que la peur de castration, montrerait que la phobie est en fait une modification de l’angoisse propre aux stades les plus précoces du développement. » La psychanalyse des enfants, page: 172.

    De même que pour les névroses obsessionnelle, Mélanie Klein dit :  » En soutenant que certains éléments de caractère obsessionnel jouent un rôle important dans le tableau clinique des névroses infantiles, il peut sembler à première vue que je ne suis pas d’accord avec l’opinion de Freud sur le point de départ de la névrose obsessionnelle » La psychanalyse des enfants, page: 176.

     Puis elle ajoute :  » Cette théorie sur la précocité des mécanismes obsessionnels, dont le fonctionnement débuterait vers la fin de la deuxième année, s’insère dans l’ensemble de ma doctrine, qui diverge encore ici de l’opinion orthodoxe. Je situe aux tout premiers stades du développement la formation du Surmoi, que le Moi de l’enfant ressent d’abord sous forme d’angoisse; avec la terminaison graduelle de la phase sado-anale, le Surmoi devient également générateur de culpabilité. » Ibid., page: 178.

     Mélanie Klein reconnaît, qu’en distinguant la précocité de traits obsessionnels de l’apparition plus tardive de véritables névroses obsessionnelles, que ses opinions corroborent la genèse freudienne généralement admise de ces affections. Freud fait remonter l’origine de la névrose obsessionnelle à la nécessité du Moi de se défendre contre les exigences libidinales résultant du complexe d’oedipe. Parce que, pour lui, le Moi est encore faible et ne peut résister adéquatement à ces exigences.

     Freud suggère que la lutte défensive qu’entreprend le Moi fait reculer, régresser, l’organisation génitale du stade phallique au stade sado-anal qui la précède. Et tout ce qui surviendra par la suite est lié à cette régression qui peut aller jusqu’à l’abandon d’une position déjà investie. Mélanie Klein soutient que ses vues personnelles sur la genèse des névroses ne contredisent pas cette opinion  seulement elle dit que Freud n’a pas poussé plus loin ces suggestions.

     Freud ne se voyait pas en mesure de se prononcer définitivement sur ce point. Mais par la suit, il s’élève contre ces hypothèses : « Je dirai, écrit-il, que l’observation analytique montrerait plutôt qu’un individu n’est sujet à une névrose obsessionnelle qu’après avoir atteint le stade phallique. D’ailleurs, cette maladie se manifeste plus tard que l’hystérie, soit au cours de la seconde enfance, après le début de la période de latence. »  (Inhibition, symptôme et angoisse, page: 53).

    Enfin, pour conclure, Mélanie Klein considère les névroses comme un moyen de guérison destiné à permettre au Moi une heureuse gestion d’un noyau psychotique sous-jacent de la toute première enfance. C’est-à-dire que les névroses présentent des recours contre des situations anxiogènes. En ce sens que l’échec des mécanismes névrotiques ouvre la voie à la paranoïa et la psychose sous-jacentes.




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17012011

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